Court-circuit

L’art de tout détruire en deux jours

Deux dates: 13 mai 2014, 15 mai 2014. Ces deux jours marqueront à coup sûr l’histoire d’Internet. Et de la manière la plus sombre qui soit. En quelques heures, via deux décisions majeures, l’Europe et les Etats-Unis viennent, la semaine passée, de poser les bases d’un déséquilibre majeur d’Internet.

La première décision partait d’une intention louable. Mardi, la Cour européenne de justice estimait, dans un arrêt rendu à propos de Google, que les moteurs de recherche devraient, sur requête d’internautes, effacer des liens leur portant atteinte. Le référencement d’une page vous déplaît? Un e-mail à Google ou Microsoft et l’occurrence disparaît. Séduisant en apparence, ce principe ouvre la porte à toutes les dérives imaginables. Avec, à la clé, un risque réel de réécriture de l’histoire – sans parler d’une mise en pratique cauchemardesque.

Jeudi, c’est à Washington que s’est joué un autre acte dramatique. Le régulateur américain des télécoms, la FCC, a fait avancer son projet de loi autorisant des opérateurs télécoms à favoriser des services tiers, en leur donnant un accès prioritaire sur leur ligne, contre paiement. Un coup très dur au principe de la neutralité d’Internet, qui risque de tuer l’innovation en asphyxiant les start-up et en créant une ségrégation insupportable.

Fait intéressant, Bruxelles et Washington sont en désaccord total sur ces deux décisions. Mais ces dissensions ne seront sans doute pas suffisantes pour que ces règles funestes ne s’appliquent de chaque côté de l’Atlantique.