L’article du professeur Peter Roth­well (Université d’Oxford) et de ses collègues a analysé des données de huit essais réalisés pour étudier l’intérêt préventif de l’aspirine dans le domaine des maladies cardiovasculaire. Près de 25 000 participants ont été suivis pendant quatre ans. Les résultats montrent que le risque de décès diminue d’environ 20% au cours de la durée des essais. Mais le bénéfice est encore plus important – de 30 à 40% – après cinq ans de traitement quotidien à l’aspirine.

Ces résultats sont confirmés chez les cas qui ont pu être suivis au cours d’une vingtaine d’années. L’effet bénéfique de l’aspirine s’accroît avec la durée du traitement mais n’est pas modifié par des doses supérieures à 75 mg par jour. La réduction absolue des décès liés à un cancer était plus importante chez les patients âgés.

Enfin, les délais d’apparition d’un bénéfice en termes de mortalité étaient de cinq ans pour les cancers de l’œsophage, du pancréas, du cerveau et du poumon. Les bénéfices étaient plus tardifs s’agissant des cancers du côlon, de l’estomac et de la prostate.

L’étude confirme ainsi des observations antérieures faites chez l’animal et quelques essais chez l’homme qui avaient indiqué que ce médicament réduisait le risque de certaines tumeurs malignes, notamment «colorectales» (situées dans le côlon ou le rectum).

Les médecins se montrent toutefois réservés sur l’intérêt d’une prise quotidienne d’aspirine de façon généralisée. Ce serait prématuré, juge François Bourdillon, président de la Société française de santé publique: «Pour les personnes qui prennent déjà de l’aspirine en prévention après un accident cardiovasculaire ou parce qu’elles ont des facteurs de risque, cette étude améliore le rapport bénéfice-risque.»

A utiliser avec modération

Qu’en est-il des personnes n’ayant pas de problème de santé? «D’une manière générale, poursuit le praticien, donner des médicaments en prévention chez des personnes saines n’est pas une bonne idée, surtout quand il existe des mesures efficaces non médicamenteuses.»

Reste le cas des personnes ayant un risque de cancer plus élevé que la moyenne. «La question peut être posée pour quelqu’un qui a eu des polypes intestinaux ou dans la famille duquel il y a eu des cancers du côlon. Mais, cela nécessite préalablement des études et un consensus des experts», estime François Bourdillon. Le rapport bénéfice-risque pourrait en effet être favorable, car la dose efficace, 75 mg par jour, n’expose pas à un risque important de saignements. L’aspirine pourrait donc jouer un rôle complémentaire dans la prévention des cancers.