Les assureurs devront se préparer

Le scepticisme règne encore à l’approche de la voiture sans chauffeur. Aux Etats-Unis, 84% des dirigeants de sociétés d’assurance estiment que les véhicules autonomes n’exerceront pas d’impact significatif sur leur activité avant dix ans, selon un récent sondage de KPMG. «L’horizon est trop éloigné pour préoccuper les acteurs», explique le consultant. «Il est encore trop tôt pour évaluer l’impact sur la sévérité et la fréquence des accidents ainsi que l’évolution des primes», indique au Temps Mike Kerner, directeur de l’assurance dommages auprès de Zurich Insurance. En Suisse, l’assurance auto est un marché de 5,86 milliards de francs. Il est dominé par Axa Winterthur (20,9%), Zurich (17,4%) et La Mobilière (14,4%).

«L’assurance auto est pourtant à l’aube d’une disruption», promet KPMG. Comme 90% des accidents sont la faute d’un conducteur, comment pourrait-il en être autrement? L’accumulation d’informations et de connexions qui alimenteront la voiture autonome réduira le nombre d’accidents de 80% d’ici à 2040, selon KPMG, mais les réparations seront plus complexes, si bien que le coût des accidents devrait augmenter. Au final, KPMG prévoit une baisse du marché de l’assurance individuelle de 40% en 25 ans. Les cartes seront redistribuées. 45% des acteurs prévoient l’arrivée des groupes technologiques (Google, Intel) dans l’assurance et 32% celle des constructeurs automobiles.

Risque de piratage

Est-ce que l’assurance responsabilité civile (RC) couvrira la voiture ou le conducteur? Est-ce que la responsabilité appartiendra au propriétaire, au groupe technologique ou au constructeur automobile? Il appartiendra à la jurisprudence ou à l’Etat de trancher, selon un expert. «En Suisse, il est probable que la responsabilité appartiendra au propriétaire du véhicule», explique Mike Kerner. L’idée consiste à régler le sinistre rapidement.

La connexion du véhicule à Internet accroît en outre le risque de cybercriminalité, la prise de contrôle du véhicule et le risque d’accident. Selon un dirigeant d’Axa, interrogé par The Telegraph, l’assurance paiera d’abord et essaiera ensuite de savoir si le conducteur a été négligent dans le choix du logiciel.

Un analyste de Deutsche Bank estime pour sa part que la technologie rendra obsolète la propriété d’un véhicule et que les différences de profil des «conducteurs» seront si modestes que les écarts de primes seront inutiles.