«Image du Siècle» proposée hier soir par Temps présent: une petite fille juchée sur les épaules de son père lève le poing dans la foule d'une manifestation, le 14 juillet 1936. Le Front populaire fête sa victoire. La petite fille s'appelle Suzanne Trompette. Elle porte le bonnet phrygien; sa mère, explique-t-elle 63 ans plus tard, le lui avait confectionné. Cette photographie est de Willy Ronis. Il dit: «J'ai le parti pris du petit bonheur ordinaire». Le photographe et son modèle se retrouvent aujourd'hui pour la première fois, dans un café. Il sort un cadeau pour la petite fille qui est devenue une vieille dame: une montre avec, sur le cadran, cette image. La vieille dame caresse l'image des yeux, et son regard nous dit qu'elle aime encore ce passé. Juillet 36, le gouvernement vient de signer l'accord qui institue les congés payés et la semaine de 40 heures. Mélange du petit bonheur ordinaire et du bonheur de l'histoire. Cela arrive. Cela n'a pas duré. Un Etat qui s'estime responsable des petits bonheurs ordinaires, c'est dépassé? Temps présent proposait aussi une enquête sur la rentabilisation du service public: le «new public management» – l'Etat géré comme une entreprise privée. Mais le bonheur est-il rentable? Qu'en pensez-vous, Suzanne Trompette? Temps présent ne le lui a pas demandé.