Tout a commencé avec Karen. En 1985, cette jeune Américaine passait ses vacances dans les Caraïbes et ne trouvait pas normal de ne pouvoir utiliser son téléphone portable sur ces magnifiques plages. Karen a rapidement convaincu son mari, Bary Bertiger, haut dirigeant de la firme américaine Motorola, qu'il fallait mettre en place un réseau téléphonique permettant d'appeler depuis n'importe où sur la Terre.

Dix ans et 5 milliards de dollars plus tard, le réseau céleste Iridium est en place. Le 23 septembre, le lancement du premier système de téléphonie satellite destiné au grand public réalisera le rêve de l'homme cyber: celui de la connectivité absolue, depuis le milieu de l'océan, de la brousse, du désert ou dans le creux des vallées de montagne les plus reculées. Une constellation de 66 satellites en orbite basse constitue l'architecture de ce système dont Motorola est à l'origine.

Les liaisons téléphoniques par satellite existent déjà depuis plusieurs années, mais les stations orbitales, encore éparses, nécessitaient jusqu'ici un équipement important: une grosse antenne parabolique et une puissance d'émission trop importante pour des petites batteries. Grâce à sa constellation dense, Iridium apporte donc miniaturisation et mobilité.

Pour bénéficier du service fin septembre, il faudra s'adresser à l'un des 200 opérateurs partenaires internationaux d'Iridium, dont Swisscom fait partie. «Nous pensons que c'est un créneau porteur, explique Renata Cosby de Swisscom. Pour certains professionnels comme les journalistes ou les explorateurs, la demande existe. Et l'effet «statut social» qui accompagne ce type de produits assure le succès auprès de la clientèle d'affaire.»

La téléphonie du troisième millénaire a son prix. Encore élevé. L'appareil compatible à acquérir coûte environ 4500 francs. Assez gros et lourd, il ressemble un peu aux premiers téléphones cellulaires. Deux modèles apparaîtront d'ici à l'automne dans les magasins spécialisés: l'un de la firme américaine Motorola, l'autre du japonais Kyocera. Ces téléphones fonctionnent aussi sur le réseau GSM (en Suisse, le Natel D). Multimode, l'appareil commute d'ailleurs automatiquement vers le réseau adéquat. La liaison satellite ne sera donc utilisée que si le réseau terrestre n'est pas accessible. Le modèle de Kyocera permet même de détacher l'appareil GSM du module satellite, qui ne s'utilisera que lors de déplacements en dehors des zones couvertes par les opérateurs traditionnels.

Swisscom n'a pas encore fixé le prix de l'abonnement à ce service. Il devrait dépasser de quelques dizaines de francs celui du Natel International à 55 francs par mois. Pour les communications, il faudra compter entre 3 et 9 francs la minute, en fonction de la distance de l'appel. C'est moins cher que les téléphones qui existent dans certains avions (12 francs la minute) mais beaucoup plus que le Natel D (79 centimes la minute).

La technologie utilisée évoque la science fiction. Une constellation de 66 satellites en orbite basse (à 780 km de la terre) forme le réseau d'Iridium. Le signal émis par l'usager passe d'un satellite à l'autre avant d'atterrir dans l'une des onze stations terrestre, la plus proche du destinataire. La durée du décalage sonore varie en fonction du nombre de satellites traversés par le signal: instantané jusqu'à trois satellites, quelques secondes pour un appel de l'autre côté de la Terre. Dès l'an prochain, on pourra brancher son ordinateur sur Iridium pour envoyer des e-mails ou surfer sur le Net, mais les vitesses de transmission seront très lentes. Il existe aussi des «pagers» permettant d'envoyer et de recevoir des textes courts.

Iridium devra rapidement affronter la concurrence de deux autres constellations. Le consortium international Globalstar mettra en service un réseau de 48 satellites dans le courant 1999. La société Teledesic, fondée par Bill Gates, s'annonce comme le poids lourd du secteur. Elle cible avant tout le marché de la transmission de données et Internet. Actionnaire principal et fondateur d'Iridium, Motorola vient d'investir 750 millions de dollars dans Teledesic. «Les deux sociétés ne sont pas concurrentes, explique Michelle Lyle, chargée de la communication d'Iridium. Nous centrons sur la transmission de la voix, tandis que Teledesic vise le marché d'Internet.»

Voix, données et images convergent cependant rapidement. En 2003 lors du lancement de ses services, la société de Bill Gates aura envoyé 288 satellites en orbite basse et investi 9 milliards de dollars. La capacité de transmission de ce réseau permettra de faire de la visioconférence en temps réel depuis n'importe quel endroit de la planète.