Après avoir titré jeudi sur cinq colonnes à la une «La Suisse accusée de blanchir l'argent sale» et consacré une pleine page aux accusations des députés français sur l'accueil de fonds douteux par les banques helvétiques, le quotidien Le Figaro vient une nouvelle fois de se faire remarquer de ce côté de la frontière en consacrant l'édition internationale de son supplément du samedi, le Figaro Magazine, à la Suisse romande.

«Pas de pauvres à Genève»

Après L'Express qui, le 12 octobre 2000, consacrait son édition internationale aux «100 qui font bouger la Suisse», le Figaro Magazine titre, lui: «Suisse romande: le rêve de l'union». A l'intérieur, huit pages développent l'accroche. En fait de Suisse romande, il est question d'arc lémanique et principalement de Genève et Lausanne. Sur le mode de «la querelle de clocher expliquée à un Parisien», le Figaro Magazine aligne les poncifs et les clichés, constatant, par exemple, «qu'il n'y a pas de pauvres à Genève».

Selon la journaliste française qui signe l'article, le manteau de fourrure est «une sorte d'uniforme local». Et de citer un interlocuteur: «Des gens pauvres, bien sûr qu'il y en a: ce sont ceux qui vont se priver d'un repas pour s'offrir un pull Ralph Lauren.» Des prises de vue des rives lémaniques façon cartes postales complètent le dossier, de même que des bonnes adresses: l'Hôtel Beau-Rivage ou le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour Genève, le Lausanne Palace et le Café Romand pour la capitale vaudoise. Un contenu d'autant plus surprenant que cette édition est destinée strictement au public romand et à celui des départements français frontaliers. Henri-Christian Giraud, directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine, dément toutefois avoir préparé ces pages spécialement à leur intention: «Nous avons voulu expliquer la Suisse aux Français, même si nous savons que nombre de nos lecteurs connaissent déjà bien le lac de Genève. Nous ne nous sommes pas positionnés par rapport au lectorat suisse, nous n'avons pas la prétention d'apprendre la Suisse aux Suisses, mais nous espérons qu'ils seront contents que nous disions des choses agréables à leur sujet.»

Reste cependant que, pour l'occasion, le Figaro Magazine a triplé son tirage dans la région: «15 000 exemplaires contre 5500 habituellement, explique Christine Dambrine, chef export pour le groupe Figaro. Nous avons profité de la période de vacances, plus porteuse, pour lancer l'opération. La Suisse romande est un marché important pour nous.» Au point de lancer une édition spéciale régulière si celle-ci devait s'avérer rentable? «Nous ne l'envisageons pas pour le moment. De plus, Le Figaro Rhône-Alpes paraît déjà tous les premiers samedis du mois dans la région», commente Christine Dambrine.