Oliver North se penche sur l'écran d'ordinateur de la collaboratrice de USAToday.com. Il lit la question posée par un internaute, réfléchit deux secondes, et lentement ar-ti-cu-le sa réponse, retranscrite immédiatement par la jeune femme assise à côté de lui. A peine dictés, ses propos apparaissent sur le site de USA Today, le premier quotidien américain en termes de tirage.

L'ancien conseiller politique de Ronald Reagan, qui avait trempé dans le scandale de l'Iran-Contra dans les années 80, se prête au jeu avec un plaisir non dissimulé. A peine l'interview terminée, il se fait happer par Chris Lisi, la directrice des relations publiques de Voter. com. «Vous acceptez de donner une interview à nos internautes?» Quelques dizaines de mètres plus loin, le scénario se répète. Oliver North répond pendant dix minutes aux questions croisées du journaliste vedette de Voter.com, Ned Martel, «qui a suivi pendant quatre mois Bush, et avant ça cinq mois Clinton», insiste Christa Lisi, histoire de ne laisser planer aucun doute sur le professionnalisme de ce site entièrement consacré à la politique. «C'est fantastique de savoir que l'on peut toucher des millions de personnes, c'est un nouveau média et je suis fier de participer à cette aventure», nous dira Oliver North entre deux interviews.

Depuis l'ouverture de la convention républicaine lundi à Philadelphie, les stands des «media dot.com» sont l'objet d'une intense attention. Dans l'allée regroupant une quarantaine de sites, pompeusement baptisée Silicon Alley, les personnalités, connues et moins connues, se bousculent pour avoir leur tranche de couverture, gage de modernité, sans doute. A leur décharge, il est difficile de contourner cette présence massive des compagnies Internet, des plus obscures aux mastodontes. Et pour la première fois dans l'histoire des conventions américaines, plusieurs e-boîtes ont réussi à décrocher un studio dans la salle même de la convention, aux côtés de CNN, ABC, NBC ou CBS. Parmi eux, Aol.com et Pseudo. com, un site d'information qui se veut le MTV du Net et vise une audience plutôt jeune. Leur credo à tous: offrir une couverture diversifiée, interactive et en temps réel. Pseudo.com a planté six webcams à 360 degrés dans la salle pour offrir à l'internaute la liberté de son angle de vue. Zoom avant-arrière en sus, même si la qualité de l'image laisse encore à désirer.

Voter.com, qui se targue d'enregistrer un demi-million de hits (pages vues) par mois, propose des discussions en ligne, des informations sur les délégués. Epress. ca, un site d'information basé à Ottawa, s'est spécialisé dans la retransmission vidéo. «Nous défendons la liberté d'expression, pas de montage pas de censure, nous diffusons tout ce que nous filmons pour que l'internaute puisse se faire une idée de ce qui se passe vraiment ici», explique Tony Braia, chef de production d'Epress.ca.

L'internaute devient l'éditeur

Toutes ces compagnies ont le même discours: offrir un contenu différent des médias traditionnels. Que ce soit par des discussions en ligne sur un thème donné avec des personnalités, des sondages instantanés, des images de coulisses. L'internaute devient l'éditeur des news qu'il souhaite obtenir. La question qui court sur toutes les lèvres est bien sûr celle de la rentabilité. Y a-t-il un public pour du tout politique 24 heures sur 24? Les responsables de sites en sont convaincus, même si rares sont ceux qui génèrent du profit.

«Nous avons planifié le début de la rentabilité en 2001», explique Chris Lisi. Gary Barrett, directeur des programmes de Policast.com, une radio qui existe exclusivement sur le Net depuis trois mois, croit aussi à son succès: «Nous sommes la seule radio du pays à n'offrir que de l'info politique 24 heures sur 24, et le but n'est pas d'atteindre les masses comme les chaînes de TV, mais les «accros de la politique» (political junkies)». Il concède qu'avec seulement quatre journalistes à plein temps, Policast.com pompe des infos parues ailleurs, dans la presse quotidienne notamment.

Pour nombre de ces sites, les conventions sont surtout un terrain d'expérimentation et l'occasion de profiter d'une visibilité rare, auprès des autres médias notamment. Car le but, c'est de conclure des partenariats. Et ça semble fonctionner. MSNBC, la chaîne info en continu, s'est adjoint les services de Speakout. com pour mesurer en direct l'impact de sa couverture.

Jonah Seiger, consultant politique, ne croit pas à la survie des sites politiques, même s'il vient de se plier au jeu de l'interview pour Voter.com. «Je trouve leurs produits sympas et c'est intéressant d'avoir le pouls de l'audience instantanément, mais franchement, si la couverture Internet a un avenir, ces sites ne survivront pas face à AOL ou MSNBC. Ils disparaîtront ou ils seront avalés par ceux des médias traditionnels.»