A l'ère de l'e-mail, faire la queue pour poster une lettre semble aberrant à quiconque dispose d'une messagerie électronique. La corvée se justifie encore dans un cas: l'envoi d'une lettre recommandée, impossible depuis son écran d'ordinateur. Un nouveau système (disponible à l'adresse www. courrierrecommande.com) destiné aux Suisses veut tuer cet anachronisme et permettre l'envoi d'un «e-mail recommandé».

Le système est très simple: le site garde une copie du message envoyé. Ce duplicata permet, en cas de litige, de retrouver la date de l'envoi ainsi que le texte exact du mail. Celui qui a envoyé le message a alors à sa disposition un «tiers de certification» qui peut produire la copie devant un tribunal. C'est ce qui s'est passé il y a 15 jours devant le Tribunal de Grande Instance de Paris et personne n'a songé à mettre en doute le message électronique recommandé.

Manque encore un aspect essentiel pour que l'analogie avec la missive de papier soit totale: «Pour l'instant, nous ne proposons pas d'accusé de réception, explique Alexandre Coste, l'informaticien qui a mis au point le système. Mais je vais ajouter cette fonctionnalité très bientôt.» Le jeune homme et son associé, le juriste David Nataf, ont ouvert leur service en France en début d'année. A ce jour, ce sont 1000 messages recommandés qui ont transité par leur site français.

Adaptations pour la Suisse

«Le lancement de la version helvétique a nécessité un minimum d'adaptations, précise le spécialiste en droit. Il a principalement fallu trouver un partenaire, de sorte que les copies des messages soient stockées en Suisse.» Si la preuve électronique n'est pas reconnue en Suisse, à l'inverse des pays de l'Union européenne, il y a de bonnes chances que les juges suisses reconnaissent la validité de l'«e-mail recommandé». Mais à une condition dont le respect n'est pas évident au vu du flou qui règne sur le Net: «Il faut que les adresses e-mail de l'émetteur et du destinataire soient liées avec certitude à quelqu'un. Un service tel que Hotmail (70 millions d'abonnés, ndlr) ne demande par exemple aucune précision sur l'identité de ses abonnés», admet David Nataf.