Pas facile d’entrer sur le marché déjà saturé du jeu de rôle massivement multijoueur en ligne (MMORPG) et dominé depuis quelques années par World of Warcraft (Wow) et ses 11 millions d’abonnés. Le développeur coréen NCSoft, fort de son expérience dans le jeu en ligne (Guild wars, City of heroes, Lineage...) tente pourtant le coup avec Aion.

Le MMORPG? Comme son nom l’indique, il s’agit d’un jeu de rôle, avec son monde particulier, son lot de quêtes, d’améliorations de matériel et d’augmentations de niveau, dans lequel plusieurs milliers de joueurs se retrouvent en même temps sur des serveurs communs. L’un des objectifs est donc implicitement de jouer avec des gens croisés sur place ou avec ses amis. Le MMORPG possède ses codes et son langage, hérité de l’anglais, les premiers jeux du genre, comme Ultima Online ou EverQuest, n’étant à l’époque disponibles que dans la langue de Shakespeare.

Après les Wow, Warhammer Online, EverQuest II (EQII), Age of Conan (AoC) ou Lords of the Ring (LotR), qu’est-ce qu’Aion a à proposer de différent? Pas grand-chose en faite, sinon une réalisation parfaite et un univers graphiquement superbe, à condition d’aimer les représentations de type manga. Le moteur graphique utilisé est le CryEngine, celui de Far Cry, qui trouve dans le jeu de NCSoft un recyclage des plus idoines.

Entre blanc et noir

Le monde d’Aion est binaire: d’une part les Elyséens, sorte de parangon de la Lumière, aux ailes immaculés et aux actions pas toujours pures. De l’autre, les Asmodiens, ceux du côté sombre de la carte (mais pas forcément obscur), aux appendices icariens noirs et pour lesquels la loyauté envers leurs semblables fait office de credo. Leur deux univers, autrefois uniques, se sont séparés lors de la chute de la Tour de l’Eternité. Depuis, la guerre est le style de négociation dominant entre les deux races, qui sont pour l’instant les seules que peuvent incarner les joueurs. Une troisième force, les démoniaques Balaurs, veut aussi imposer ses vues.

De chaque côté des restes de la Tour, les univers se réfléchissent. Au point que l’expérience de jeu est identique que l’on choisisse d’incarner l’une ou l’autre race (même configuration des lieux, même types de quêtes, etc.). De fait, la première partie de jeu est linéaire et dirigiste. Reprenant le principe initié par Dark Age of Camelot, il n’est pas possible de créer un personnage de chaque race sur un même serveur (histoire d’éviter la présence d’espions adverses lors de conquêtes de forteresses), un « reroll » (un personnage que l’on crée à côté de son avatar principal) devra refaire exactement les mêmes quêtes aux mêmes endroits...

Les huit classes jouables ne font pas preuve d’originalité. Après un premier choix à la création du personnage (mage, prêtre, guerrier ou éclaireur), une deuxième intervient au niveau 10, pour en finaliser l’orientation.

Les nouveautés

L’innovation la plus visuelle d’Aion est la présence d’ailes et la possibilité d’engager des combats aériens. Malheureusement, le vol est encore limité à très peu de zones, ce qui en diminue fortement l’intérêt.

Autre nouveauté, les enchaînements de compétences de combat et des sorts: certains d’entre eux ne peuvent être activés que si d’autres l’on déjà été auparavant. Sans être spectaculaire, cela permet au joueur d’être plus actif lors des rencontres inamicales.

Aion offre aussi la possiblité de créer des personnages «multiclassés», qui ont non seulement les caractéristiques de leur classe de base, mais aussi la possibilité d’utiliser des compétences propres à d’autres classes, à plus faible niveau. Ainsi, il est dorénavant possible de voir un guerrier lancer des sorts de soin...

Méchants joueurs

NCSoft innove également dans sa gestion du «PvP» («player versus player», joueur contre joueur). Celui-ci ne se déroule que dans les Abysses, une zone de combat qui n’est pas accessible avant le niveau 25 et où Elyséens et Asmodiens se fritent allégrement. Un conseil: aller aux Abysses sans groupe est juste suicidaire...

Cette gestion des rencontres entre races ennemies évite les écueils du «PvP» sauvage, tel que connu dans Age of Conan, où les joueurs n’ont aucune raison valable de s’entretuer, mais le font quand même n’importe où. Une façon pour certains de libérer quelques pulsions psychopathes, tout en empêchant les autres de jouer...

L’intérêt du «PvP» d’Aion tient également en la présence dans les Abysses de Balaurs gérés par le jeu qui peuvent prendre partie pour l’un ou l’autre des protagonistes, sans aucune raison. NCSoft a donc réussi à mettre au point un «PvPvE» («player versus player versus environment») plutôt intéressants.

«Moi, j’aime les chaises en bois»

Gros point noir actuel d’Aion: l’artisanat, se voulant un juste milieux entre le système de type Wow (un clic pour fabriquer un objet) et celui, le plus complet, d’EQ II (lors de chaque fabrication, une barre de réussite et une d’échec apparaissent et se développent en parallèle avec la possibilité pour le joueur d’intervenir réellement sur la progression de l’élaboration du produit). Aion a garder le système du «clic», mais en utilisant deux barres que le joueur ne peut que laisser aller jusqu’à la réussite ou l’échec de sa tentative. C’est long et parfaitement inutile. Même principe pour le système de cueillette, que ce soit des essences et des éthers.

Problèmes à régler

Lors des premières semaines suivant le lancement d’Aion, le principal problème venait des temps d’attente avant de pouvoir jouer (plusieurs heures à certains moments de la journée). Cela est d’ores et déjà réglé, NCSoft réagissant plus rapidement que ne l’avait fait Blizzard sur Wow à l’époque.

Restent d’autres petites choses à résoudre, telle la présence insupportables de spams qui empoissonnent les boîtes de dialogue. Et aussi, on peut rêver, l’interdiction de noms trop débiles ou trop tendancieux, qui ne sont que la preuve de la bêtise et du manque d’originalité de quelques joueurs. Que l’on aime croire être la minorité...

Il faut également savoir que la progression en solo devient difficile, voire impossible à partir du niveau 25. A moins de refaire ad nauseam certaines quêtes répétables jusqu’à 100 fois (!), héritage sans intérêt des MMO asiatiques... L’appartenance à une guilde (une « légion ») s’avère dès lors nécessaire.

Dans Aion, tout coûte cher (en argent de jeu, bien sûr). Que ce soit les transports, les matériaux, mais aussi la récupération des points d’expérience perdus lors d’une mort prématurée... Tout se paie au prix fort et il vaut mieux avoir son compte en banque virtuel bien rempli.

Enfin, dans le rayon des souhaits, on aurait aimer un système de «mentoring», façon EQII ou AoC, permettant à des joueurs de niveaux très différents de jouer ensemble.

Au final

Malgré des choix de personnages limités et un monde encore relativement fermé, Aion a d’incroyables atouts à faire valoir: un graphisme superbe, des créatures originales, des zones denses dans lesquelles l’immersion se fait très rapidement. Surtout, le jeu de NCSoft n’est basé sur aucun monde existant, permettant à ses concepteurs de développer leur univers sans restriction. Gageons qu’ils sauront en faire bonne usage et éviteront de tomber dans les pièges du populisme à la Wow. Mais cela a un prix, plus de 12 euros (plus de 18 francs) par mois pour l’abonnement. Ce qui va en retenir plus d’un.

Note: 4 sur 5