Jamais carnet d'adresses n'aura été l'objet de tant d'attention. On sait (presque) tout sur ce petit carnet, Hermès, du suspect majeur de l'affaire Dumas, Alfred Sirven, dont le Parisien-Aujourd'hui, comme Paris-Match, publient jeudi des extraits de la liste de 200 noms qui s'y trouve: politiciens de gauche, de droite, syndicalistes, industriels, proches de l'Elysée, réseau allemand d'Elf… Mais aussi des photos des pages, où figurent, raturés, tant de noms connus, à côté de leur numéro de téléphone.

Reste que la communication au grand public de Who's Who d'un genre un peu particulier renvoie à une double question: en quoi ces gens sont-ils réellement concernés par leur présence dans ce petit répertoire? Interrogés par Le Parisien, la plupart d'entre eux ont une réponse toute prête: en quoi le fait que j'ai effectivement eu des rapports avec un des patrons d'une grande société française implique-t-il que je sois compromis par ce seul fait? Argument imparable, qu'écorne l'effet «rumeur» d'une telle publication.

«Rien, à ce stade, ne permet d'affirmer que les personnes citées dans ce seul carnet ont touché des fonds (d'Elf) ni même qu'elles seront un jour impliquées dans l'affaire», reconnaît d'ailleurs la rédaction du Parisien. D'où la seconde question: comment ont pratiqué les deux journaux?

Le Parisien d'emblée, répond: notre journal «s'en est procuré une copie dans le cadre de l'affaire Elf, sans avoir subtilisé quelque document que ce soit, et encore moins déboursé le moindre centime pour l'obtenir […]». L'objet paraît bien avoir été subtilisé, dans sa maison, lors de l'arrestation de Sirven. Par des journalistes ou des policiers corrompus qui l'auraient vendu ensuite? Les deux pistes restent ouvertes dans les presses philippine et française.

A Manille, on parle de 2000 dollars offerts par un journaliste indépendant à un agent du National Bureau of Investigation. Le Monde daté de vendredi affirme, lui, que le carnet a été apporté aux juges d'instruction par un journaliste de Paris-Match, qui avait déjà été le premier magazine à retrouver la trace de Sirven aux Philippines. Une hypothèse que refuse de confirmer la rédaction de l'hebdomadaire où, comme au Parisien, on parle de simples photocopies. Soupçon contre soupçon: voilà qui ne va pas améliorer le crédit dans le public français d'une presse écrite boudée de plus en plus, en raison, nous apprend un récent sondage, de ses méthodes de travail.

Coll. Arnaud Dubus, Bangkok et Robert Marmoz, Lyon