Le Temps: L’euro est-il menacé?

Elisabeth Guigou: L’euro est resté très fort, certains ne se plaignent pas du réajustement de sa parité face au dollar. Il faut relativiser les remous actuels, et lutter contre les spéculateurs qui se sont attaqués à la Grèce et à la monnaie unique. C’est la raison d’une intervention solidaire de l’UE pour aider le nouveau gouvernement grec, qui mène une politique d’ajustement courageuse.

– Angela Merkel résiste. Que pensez-vous de son attitude?

– Je comprends que l’Allemagne dise que les Etats membres doivent respecter les règles qu’ils se sont données, il est normal qu’elle fasse valoir des conditions. Il faut trouver un juste équilibre entre le rétablissement de la Grèce et les contraintes de la discipline communautaire. Je trouverais catastrophique en revanche qu’un Etat membre s’adresse au FMI par défaut de solidarité des autres.

– Le FMI fait pourtant partie du compromis discuté.

– Je préfère une aide européenne. Les articles 122 et 143 du Traité de Lisbonne le permettent, même s’il est vrai que depuis plusieurs années, on a laissé de côté l’expertise et les instruments qui permettent de les appliquer.

– Encore faudrait-il que l’UE parle d’une voix, ce qui n’est pas le cas.

– Ces dissonances sont regrettables. J’observe néanmoins que la Banque centrale européenne a renforcé sa crédibilité dans la crise financière. L’UE en revanche a besoin d’une gouvernance économique. La stratégie de Lisbonne, déjà insuffisante, a été affaiblie au milieu des années 2000 par la vision intergouvernementale qui dominait les rapports européens. C’est cela qu’il faut changer. La Commission a un rôle à jouer, elle doit mettre des propositions sur la table.

– Lesquelles?

– Il y a plusieurs pistes. Je pense à l’harmonisation de la fiscalité directe (de l’épargne, de l’impôt sur les sociétés). Au-delà, une meilleure concertation est souhaitable sur la fiscalité écologique par exemple. La gouvernance économique, ce serait avoir une politique commune de l’énergie, faire ensemble des investissements qui améliorent la compétitivité de l’UE – je pense par exemple au moteur propre, où l’Europe aurait dû jouer un rôle pionnier.