La révélation est arrivée au pire moment pour Barclays. Début mars, Vincent Cable, le porte-parole des libéraux-démocrates sur l’économie, reçoit sur son bureau des documents ultraconfidentiels envoyés par un employé anonyme de la banque britannique. Préparés début 2007 et répondant au nom de Project Knight (Projet Chevalier), leur contenu est explosif. Il décrit comment, de façon parfaitement légale, la banque britannique s’organisait pour réduire ses impôts.

Dans une structure très complexe, incluant des entreprises enregistrées au Luxembourg, aux îles Cayman et dans le Delaware aux Etats-Unis, un prêt de 4 milliards de livres était transféré rapidement de compte en compte, permettant de réduire la facture fiscale finale d’environ 60 millions de livres. «Project Knight ne requiert pas l’autorisation du Trésor», précise le document, même si Barclays affirme qu’elle en a parlé au fisc britannique.

Une lumière crue

Le cabinet d’avocats Slaughter & May, qui a analysé la stratégie pour Barclays, avertissait également son client de ne pas rapatrier l’argent sous forme de dividende. Selon des sources citées par le Guardian, ces révélations ont poussé les banques américaines qui faisaient partie du montage financier à renoncer à y participer.

Mais au-delà de ce document, l’informateur à l’intérieur de Barclays a envoyé une longue lettre, jetant une lumière crue sur une section peu connue de Barclays: Structured Capital Market (SCM). «Cachée au dernier étage du 5 North Colonade [une des adresses de Barclays à Londres] se trouve la formidable équipe de BarCap SCM, une équipe de 110 personnes qui ont un seul objectif: mettre en place des transactions évitant les impôts non seulement pour Barclays, mais aussi pour des banques et des entreprises à travers le monde. Au début, l’idée était d’éviter les impôts britanniques, mais cela s’est rapidement étendu aux impôts américains et inclut maintenant l’Europe, le Brésil, le Moyen-Orient, l’Afrique du Sud et d’autres marchés émergents.»

L’informateur décrit SCM comme un organe très puissant à l’intérieur de la banque, où les employés sont extrêmement bien payés et où règnent des patrons particulièrement agressifs. Il estime enfin que Barclays économise ainsi un milliard de livres par an, un chiffre que la banque conteste.

Face à ces équipes ultraspécialisées et bien payées, les gouvernements et leurs fonctionnaires sont forcément toujours en retard d’une bataille. «Notre fisc est comme un gros policier qui court après une Ferrari qui accélère», s’inquiète lord Oakeshott, des libéraux-démocrates.

Et la Royal Bank of Scotland?

Mais l’affaire ne s’arrête pas à Barclays: les libéraux-démocrates, très en pointe sur le sujet, demandent désormais qu’une enquête soit ouverte concernant les affaires fiscales de Royal Bank of Scotland, une banque qui a été sauvée par l’argent du contribuable. Stephen Hester, le nouveau directeur général, qui remplace le désormais tristement célèbre Fred Goodwin, a fermé une section qui était spécialisée dans le «courtage structuré».