grèce

L’ex-RDA comme modèle de privatisation

Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a pu imposer à la Grèce une version allégée de son principal projet: la mise sur pied d’un fonds chargé de la privatisation des biens grecs sur le modèle de la Treuhandanstalt, qui avait privatisé l’économie est-allemande

L’ex-RDA, modèle de privatisation

C’était devenu la principale revendication côté allemand: l’établissement d’un fonds alimenté par le produit des privatisations des biens grecs, sur le modèle de la fameuse Treuhandanstalt , cette société de droit public qui avait privatisé l’ensemble de l’économie est-allemande à la Réunification. A l’époque, un certain Wolfgang Schäuble, alors bras droit du chancelier Helmut Kohl, avait présidé à la mise sur pied de ce fonds.

Le fonds grec devra poursuivre l’action poussive de Taiped (le Fonds de développement des biens de la République hellénique) qui envisage d’atteindre 9,6 milliards d’euros en 2016 et dont l’action est contestée. On est loin des 50 milliards annoncés à Bruxelles. Depuis 2011, Taiped a mené à bien une vingtaine d’opérations seulement, la plus importante étant la vente de 14 aéroports régionaux, cédés en novembre 2014 à la société allemande Fraport associée à une entreprise grecque, pour un total de 1,2 milliard d’euros. La vente de l’ancien aéroport d’Athènes, un terrain à l’abandon depuis 2004, a été remportée par une des plus riches familles grecques associée à un fonds chinois et un autre d’Abu Dhabi pour 900 millions d’euros au lieu des 3 milliards escomptés. Les principales privatisations en cours sont celles de Trainose, la compagnie nationale des chemins de fer, des ports du Pirée et de Salonique, ainsi que de plusieurs ports de plaisance.

Un souvenir mitigé

En Allemagne, l’action de la Treuhandanstalt a laissé un souvenir mitigé. C’est sans doute la raison pour laquelle la chancelière Angela Merkel a préféré éviter à Bruxelles le mot de Treuhand face à la presse allemande. Lorsque ce fonds naît en mars 1990, la tâche est colossale: il s’agit de mettre sur le marché 14 600 sociétés regroupant 4 millions de salariés. La valeur des entreprises est alors estimée à 600 milliards de marks. Sont également à vendre 2,4 millions d’hectares de terres arables et de forêts ainsi que la fortune de la Stasi (police politique) et les biens de l’ancienne armée est-allemande.

Les scandales ne manquent pas: ventes douteuses, enrichissement, cession de biens en dessous de leur valeur… Surtout, cette privatisation à pas de géant se solde par un effondrement de l’économie est-allemande: de 4,1 millions d’emplois mi-1990, on est passé à 1,24 million au 1er avril 1992. Mais les bases sont jetées pour un nouveau développement économique. Et le bilan compte aussi quelques succès comme la privatisation des chantiers navals de la mer Baltique – toujours en activité – ou des usines métallurgiques EKO, le plus grand conglomérat du secteur en ex-RDA.

Méfiant envers la Grèce, le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, aurait voulu délocaliser ce fonds grec au Luxembourg, afin de garantir le contrôle de la situation aux créanciers du pays. Car le fonds grec a bien pour fonction première de permettre le remboursement de la colossale dette grecque. Sur un volume total estimé à 50 milliards, Alexis Tsipras n’a pu «sauver» que 12,5 milliards d’euros qu’il pourra réinvestir dans l’économie grecque (en plus des fonds promis par l’Union européenne.) Le reste devra être reversé aux créanciers.

Publicité