Ce mardi soir, au moment du bouclage de son magazine, Ariane Dayer se dit «fatiguée et heureuse». Fatiguée parce que la gestation de la nouvelle formule a duré presque aussi longtemps qu'une grossesse, heureuse parce que son nouveau bébé existe enfin. «J'adore le risque, et ça c'est le risque absolu. Cette nouvelle formule peut être totalement rejetée par nos lecteurs même si les groupes tests ont été très positifs.» Le risque tient en un pari: à l'heure où beaucoup de médias écrits tentent de concurrencer la télévision ou Internet en adoptant une maquette «zapping», une débauche d'images et de couleurs, L'Hebdo a décidé d'affirmer ses spécificités, de revenir à une clarté et une sobriété qui mettent en valeur le contenu. «Nous écrivons pour des lecteurs, et pas pour des téléspectateurs», affirme Ariane Dayer.

Son éditeur, Gilles Marchand, directeur de Ringier Romandie, partage cet avis: «Notre lectorat a rajeuni. Cette nouvelle génération surfe sur le Net, où l'information et la présentation sont anarchiques et chahutées. Mais, quand elle lit, elle veut de la clarté, elle considère la sobriété comme très moderne.» Partant de ce constat, l'équipe de L'Hebdo s'est donc attelée, le printemps dernier, à un travail de base, en se posant des questions toutes bêtes: «Qu'est-ce qu'un news magazine? Quelle est notre fonction? Qu'attendent nos lecteurs?»

Les réponses ressemblaient parfois à des évidences. Mais ce travail presque psychanalytique était nécessaire pour retrouver ses valeurs. Depuis l'apparition du Nouveau Quotidien en 1991, beaucoup de quotidiens romands ont adopté des approches, ou même des sujets magazine dans leurs pages. La télévision, avec Mise au point par exemple, s'est mise elle aussi au news magazine. Et L'Hebdo se devait de retrouver une place à lui dans le paysage médiatique romand. «Nous avons voulu redéfinir cette fonction news, nous rappeler que nous amenons d'abord de l'information et pas de l'emballage, affirme Ariane Dayer. En ouvrant le journal, le lecteur doit sentir l'urgence de le lire maintenant.»

Oubliés donc, ces gros dossiers un peu intemporels qu'on saute en se disant qu'on les lira plus tard, oubliés ces artifices d'écriture qui plantaient un long décor avant d'amener enfin le sujet au troisième paragraphe, oubliées aussi ces photos un peu esthétisantes où le personnage n'apparaissait qu'en ombre chinoise ou de dos. «Nous voulons être plus directs, presque premier degré dans la photo et dans le texte. Répondre aux questions de base, affirmer notre angle, privilégier nos exclusivités.» Pour satisfaire à ce dernier vœu, L'Hebdo introduit une section «zoom», qui naviguera entre les quatre rubriques selon les sujets, et qui présentera une information exclusive, qu'on n'a lue nulle part ailleurs. Cette semaine, il traite de la manière dont la Suisse refoule discrètement les Africains à Abidjan.

Sur le fond, la jeune rédactrice en chef réaffirme le «devoir d'impertinence» du magazine: «Dans un monde toujours plus flou, nous devons ouvrir le débat par une approche très pragmatique, sans hésiter à se poser les bonnes questions, hors de tout manichéisme. Aujourd'hui, on ne se définit plus comme de gauche ou de droite, mais par un certain nombre de valeurs, parfois de gauche, parfois de droite. L'ère des journalistes post-soixante-huitards est terminée.»