La rédactrice en chef de L'Hebdo, Ariane Dayer, vient de prendre une mesure probablement unique dans le monde de la presse: elle a décidé de supprimer tout échelon hiérarchique entre la «base» des journalistes et le «sommet» de la direction du magazine. Il n'y aura plus de chefs de rubrique à L'Hebdo, autrement dit, plus de cadres pour gérer des personnels et des matières telles que «Politique», «Economie» et «Epoque».

La décision a été annoncée vendredi et «mise aussitôt en vigueur», indique Ariane Dayer. La présentation du magazine n'est pas altérée. Le séquençage par rubriques demeure. Le seul niveau hiérarchique désormais valable est celui de la direction, soit la rédactrice en chef et ses deux adjoints, Béatrice Schaad et Denis Etienne.

La disparition des postes de cadres est une mesure de réorganisation interne. Les personnes qui dirigeaient les rubriques restent membres de la rédaction. «J'admets que pour certaines d'entre elles, ma décision n'est pas un cadeau de Noël, et j'en suis un peu malheureuse», concède Ariane Dayer, qui explique avoir songé à une réforme des structures en août. Elle a fait part ensuite de son projet à la direction générale de Ringier, l'éditeur, qui, assure-t-elle, appuie sa démarche. «L'Hebdo a eu vingt ans cette année. Or je veux un Hebdo plus engagé, plus original, explique-t-elle. Il faut redynamiser le fonctionnement du magazine. Des processus institutionnels se sont mis en place, qui ne profitent plus à sa créativité. Ma décision doit provoquer un électrochoc.»

Augmentation de prix

Cette réforme décidée par Ariane Dayer est à replacer dans une évolution négative des ventes de l'hebdomadaire, tant en kiosque que par abonnements. En 2000, le tirage contrôlé du magazine avait atteint 56 199 exemplaires. Le tirage budgété en 2001 était déjà inférieur: 55 890 exemplaires par semaine. Or cet «objectif ne sera pas atteint», explique la rédactrice en chef, qui ne souhaite pas en dire plus. Le prix de vente au numéro passera l'an prochain de 4,50 francs à 4,90 francs. Aucune suppression d'emploi n'est toutefois prévue dans l'immédiat – bénéficiaire, L'Hebdo compte 60 collaborateurs, dont 35 journalistes – mais les départs ne seront pas remplacés et des mesures de réduction de postes pourront avoir lieu si la situation des ventes ne s'améliore pas. Dans un tel contexte, Ariane Dayer, qui dirige la rédaction de L'Hebdo depuis quatre ans, n'a sans doute pas droit à l'échec.