La plupart des innovations des règles de jeu récemment acceptées par la Fédération internationale de rugby avaient auparavant été testées dans le Super 12, la compétition de rugby à 15 de l'hémisphère Sud. Depuis cinq ans, celle-ci oppose des équipes d'Australie, de Nouvelle-Zélande et d'Afrique du Sud. Dès sa création et afin d'améliorer le jeu et d'accroître son intérêt, le Super 12 a cherché à innover et à étonner. Le premier geste avait été de modifier le calcul des points afin d'encourager la pratique d'un jeu plus offensif. Quatre points pour une victoire et un point supplémentaire pour quatre essais marqués et/ou pour une défaite par moins de huit points. «Le résultat a dépassé nos espérances, assure Matthew Carroll, l'un des principaux dirigeants du rugby australien. Lors de la première saison, une équipe s'est qualifiée pour les demi-finales grâce aux points de bonus qu'elle avait accumulés tout au long de la compétition.»

Cette saison, c'est grâce à la technologie que la compétition du Super 12 a pris une nouvelle longueur d'avance sur les championnats et compétitions de l'hémisphère Nord. Les deux arbitres de touche ont en effet été munis d'un bip qui leur permet d'appeler l'arbitre central pour lui faire part d'une action qu'il n'aurait pas vue. Cette nouveauté a permis de renforcer la qualité de l'arbitrage. Ces quatre yeux supplémentaires ont surtout servi à dénoncer les agressions sournoises et donc à punir plus régulièrement les tricheurs, ce dont tout le monde se félicite.

Autre amélioration supplémentaire apportée – elle traînait dans l'air depuis bien longtemps: l'arbitrage aidé par la vidéo. «A la fin de la dernière saison, nous avons eu une réunion entre les entraîneurs et les arbitres, explique Matthew Carroll. Nous avons parlé du jeu et de l'intérêt de la compétition. Nous nous sommes rendu compte qu'il fallait réduire les problèmes liés à l'interprétation des règles, tout un gardant le même niveau de jeu, sa rapidité et sa vivacité. L'arbitrage vidéo semblait être la meilleure solution.» L'objectif est d'empêcher au maximum les possibilités d'interprétation de l'arbitre et, par là même, les erreurs ou les injustices. Il existe des règles, insistent les promoteurs du projet, elles doivent être appliquées et la technologie semble être le meilleur appui pour ce faire.

Cette décision réjouit les principaux concernés: les arbitres, mais aussi le public. Chaque spectateur peut se mettre dans la peau du directeur de jeu. Grâce à un micro-cravate et une oreillette, l'arbitre principal peut en effet dialoguer avec un arbitre assistant préposé à la vidéo, et installé dans une loge du stade devant de multiples écrans de télévision. Sur demande, ce dernier lui fait voir et revoir une action litigieuse sous tous les angles, au ralenti ou à vitesse normale. Une lumière rouge sur le bord du tableau d'affichage signifiera que l'essai est refusé; une lumière verte qu'il est accordé. Certaines fois, un texte explicatif sur le motif de la faute défile sur les écrans géants. Le dialogue entre les arbitres et la rediffusion des images sont retransmis dans tout le stade. «A partir du moment où la technologie existait, il fallait essayer, affirme Stuart Dickinson, l'un des directeurs de jeu australiens les plus expérimentés. Une action très rapide, une mêlée confuse ou un regroupement qui implique trop de joueurs peuvent nous empêcher de bien voir le ballon et de saisir ce qui se passe. Revoir une phase de jeu au ralenti, plusieurs fois et de plus près ne peut que nous aider à rendre notre décision.» Reste que la vidéo ne doit pas remplacer l'arbitre ou hacher le jeu, comme c'est le cas en football américain. «J'ai arbitré de nombreux matchs avec l'aide de la vidéo et cela s'est toujours bien déroulé, rassure Stuart Dickinson. A chaque fois, je n'ai eu recours à la vidéo que pour deux ou trois actions. Je reste l'arbitre et je continue à arbitrer. Le magnétoscope me soutient moralement.»

A la fin de la saison Super 12, arbitres et joueurs étaient assez satisfaits de ces innovations, même si quelques essais ont été acceptés alors qu'ils n'étaient pas valables. Les arbitres de touche n'ont pas vu les en-avant incriminés et le ralenti n'aura pas été utile au directeur de jeu. Les optimistes rappellent cependant que – vidéo ou non – ces erreurs d'arbitrage se seraient de toute façon produites. En quelques mois, la technique a, au contraire, permis d'en éviter d'autres. Reste maintenant à l'hémisphère Nord à suivre son homologue du Sud. Les discussions sont tendues depuis bien longtemps, notamment en France. Les dirigeants les plus rétifs à toute innovation sont toujours parvenus à emporter la décision… jusqu'à ce qu'une énorme erreur d'arbitrage provoque l'élimination de leur équipe nationale en demi-finale de la prochaine Coupe du monde?