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En Libye, la menace de l’Etat islamique

Les Etats arabes se réunissent d’urgence: l’objectif est de contrer les nouvelles avancées de Daech. Les Occidentaux restent tapis en embuscade

En Libye, la menace de l’Etat islamique

Afrique du Nord Les Etats arabes se réunissent d’urgence

L’objectif: contrer les nouvelles avancées de Daech

Les Occidentaux restent tapis en embuscade

Les Etats arabes, combien de divisions? Ce mardi se réunissent au Caire les responsables de la Ligue arabe. Une seule question d’importance au menu de cette réunion appelée en urgence: comment faire face à la progression du groupe Etat islamique (EI, ou Daech selon l’acronyme arabe)? Cette fois, il ne s’agit pas de l’Irak ou de la Syrie, mais de la Libye, où l’EI a multiplié les massacres ces derniers jours dans la ville de Syrte (lire ci-dessous).

Jusqu’ici, le gouvernement libyen établi à Tobrouk avait écarté toute idée d’intervention étrangère contre les djihadistes. Il avait même vigoureusement protesté lorsque les armées égyptienne puis émiratie avaient procédé ces derniers mois à des frappes aériennes sur le sol libyen. Aujourd’hui, pourtant, ce même gouvernement se dit «incapable» de combattre lui-même les djihadistes de Daech. C’est suite à son appel à l’aide que se réunissent au Caire ses «frères arabes».

Une situation qui échappe désormais à tout contrôle? Sans doute, mais aussi un changement de stratégie de la part des autorités de Tobrouk, les seules considérées comme légitimes par la communauté internationale, mais aux prises avec un gouvernement «rival» qui a pris possession de la capitale, Tripoli. «D’une certaine manière, l’Etat islamique est un ennemi commode, puisqu’il permet aux gens de Tobrouk d’affirmer leur prétention à représenter l’ensemble de la Libye», résume Mattia Toaldo, chercheur à l’European Council on Foreign Relations.

Au vrai, voilà des mois que les Européens s’inquiètent, eux aussi, de l’avancée de Daech à leurs portes. A Rome, à Paris, à Londres, les dignitaires politiques ne cessent de mettre en garde contre la formation de ce «trou noir» sur l’autre rive de la Méditerranée, qui permet non seulement aux mafias liées au trafic des migrants de fleurir, mais qui est aussi en voie accélérée de se convertir en un nouveau bastion djihadiste. Au point que la presse britannique révélait récemment que des plans, bien avancés, avaient d’ores et déjà été préparés, qui prévoient l’envoi en Libye de centaines de soldats non seulement britanniques, mais aussi français, allemands, italiens, espagnols et américains (le Times du 01.08.2015).

Dans une réponse commune adressée à l’appel du gouvernement de Tobrouk, les responsables occidentaux ont toutefois douché les enthousiasmes martiaux, alors que leur intervention militaire avait délogé il y a tout juste quatre ans le régime du colonel Mouammar Kadhafi. «La paix en Libye est atteignable», commentait à cette occasion dans la presse libyenne Tobias Ellwood, le responsable du dossier au parlement britannique. Mais à la condition, ajoutait-il aussitôt, que les Libyens établissent eux-mêmes au préalable «un Etat de droit».

«Bien plus qu’en Syrie ou en Irak, l’Etat islamique a des contours très flous en Libye, ce qui rend d’autant plus difficile tout espoir d’intervention militaire contre ses combattants», explique Mattia Toaldo. En grande partie, les djihadistes libyens n’ont fait que reprendre le nom, et les méthodes barbares, du «califat» établi à la frontière entre la Syrie et l’Irak. Un avantage comparatif énorme en termes de notoriété, alors que la Libye est encombrée de milices, factions, groupes islamistes et tribaux qui se partagent le pays dans le sang. Une similitude néanmoins: c’est notamment aux côtés d’anciens kadhafistes défaits par les opérations occidentales que Daech a réussi à prospérer à Syrte, la ville autrefois bastion de Kadhafi, de la même manière que des ex-partisans de Saddam Hussein épaulent aujourd’hui les djihadistes de l’Etat islamique en Irak.

De fait, les plans d’une possible nouvelle intervention de l’Occident – dévoilés sans doute à dessein – concernent principalement le déploiement d’une force de stabilisation qui ne serait dépêchée qu’en cas d’accord politique préalable. C’est la gageure à laquelle s’attelle depuis des mois, notamment à Genève, l’émissaire de l’ONU Bernardino Leon. L’objectif du diplomate espagnol? Mettre en place un gouvernement d’unité nationale qui réunirait l’ensemble des forces politiques en conflit. Si les autorités de Tobrouk se sont résignées, du moins officiellement, à jouer le jeu, il n’en va pas de même jusqu’ici du gouvernement établi à Tripoli, plus proche des islamistes.

L’une des principales pommes de discorde concerne précisément le rôle que pourrait jouer à l’avenir l’armée libyenne, composée en partie d’ex-kadhafistes et à présent dirigée par le très controversé général Khalifa Haftar, un ancien proche de Kadhafi, devenu ensuite son farouche opposant. Jusqu’à présent, le diplomate Bernardino Leon a pris soin de ne pas spécifier dans les discussions le sort qui serait réservé au général. Un flou volontaire qu’il devra cependant dissiper tôt ou tard.

L’Europe craint la formation d’un «trou noir» sur l’autre rive de la Méditerranée

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