«En démocratie, c’est toujours utile d’écouter le peuple plutôt que des élites plus ou moins éclairées.» Invité à commenter le résultat de l’initiative suisse sur les minarets, le ministre de l’Intérieur italien Roberto Maroni a été le plus modéré. Car parmi ses collègues du parti autonomiste et xénophobe de la Ligue du Nord, le vote a déclenché l’enthousiasme. «Bienheureux soient les Suisses!» s’est exclamée La Padania, le journal du parti. «C’est une date historique et un signe d’espoir pour ceux qui croient à la résistance à l’islamisation», s’est félicité le député européen Mario Borghezio. «Le signal est clair: oui aux clochers, non aux minarets», a ajouté le ministre de la Simplification législative Roberto Calderoli.

Alors qu’au sein de la majorité de droite, dont fait partie la Ligue, certains comme le président de la Chambre des députés Gianfranco Fini plaident pour une plus grande ouverture envers l’islam et les immigrés, le vice-ministre pour les Infrastructures Roberto Castelli a suggéré, dans le sillage de la Suisse, d’envoyer un «signal fort pour battre l’idéologie franc-maçonne et philo-islamique qui est diffuse y compris chez nos alliés». «Il faut insérer une croix chrétienne au milieu du drapeau national», a-t-il lancé. L’initiative a provoqué l’indignation. Par la voix du président du Conseil pontifical pour les migrants, Mgr Antonio Maria Sveglio, le Vatican a critiqué le vote sur les minarets, en estimant qu’on ne peut «entraver la liberté de religion d’une minorité ou empêcher un groupe de personnes d’avoir sa propre église». Le Parti démocrate parle lui de «provocations» de la part de la Ligue. Les autres formations de droite ont également désavoué la position de la Ligue, le maire de Rome Gianni Alemanno parlant de «démagogie».

Mais le parti d’Umberto Bossi n’en a cure. Les maires de la Ligue multiplient les ordonnances municipales contre les immigrés clandestins ou la construction de mosquées. Ses parlementaires déposeront un projet de loi pour permettre des référendums populaires sur le modèle suisse. La mairie de Milan veut interpeller les citoyens pour leur demander, à travers un vote consultatif, s’ils sont favorables à la construction d’une mosquée.