L’Islande est en passe de devenir le laboratoire mondial pour la démocratie et la liberté sur Internet. Dernier signe de cette mutation, la victoire du Parti Pirate islandais (Piratar) aux élections législatives du 27 avril 2013. Avec trois sièges à l’Alting (le parlement islandais), il est ainsi le premier – parmi la soixante de partis éponymes dans le monde – à faire son entrée dans un gouvernement national. Un résultat qualifié d’«historique» par Birgitta Jonsdottir, cofondatrice de Piratar. Pour ma part, celui-ci ne m’étonne qu’à moitié.

À l’heure où de grandes démocraties grignotent les libertés de leurs internautes, l’Islande fait toujours plus bande à part. Aux antipodes des lois liberticides (Acta, Hadopi, Loppsi) promulguées par la France et les Etats-Unis, l’île volcanique n’a ni plus ni moins l’ambition de parfaire son statut de modèle en matière de liberté d’expression sur la Toile. Petit rappel.

Nous sommes en 2008. Traumatisés par la faillite de leurs banques, les Islandais rejettent la responsabilité sur leurs élus. Ils exigent alors des mesures destinées à garantir la transparence dans la vie publique et politique. Mais aussi la préservation de la liberté et l’indépendance de l’information sur Internet.

Le 15 juin 2010, le parlement islandais vote ainsi à l’unanimité la résolution Icelandic modern Media Initiative (IMMI). Le texte vise à faire du pays un paradis pour journalistes d’investigation et sites internet sensibles. L’objectif de l’IMMI est de créer un cadre légal garantissant une «protection renforcée» des sources, des journalistes et de leurs publications tout en sécurisant les communications et le trafic de données.

Il n’en fallait pas plus pour que l’Islande se mue en petit paradis cybernétique pour les serveurs de WikiLeaks, et plus récemment ceux de Pirate Bay, le site suédois spécialisé dans l’échange de fichiers BitTorrent. Deux exemples parmi toute une brochette d’évadés d’un genre nouveau.

A l’heure où l’Europe vit l’une de ses pires crises économiques, où la transparence tourmente le débat publique, l’Islande semble avoir trouvé la réponse adéquate pour se dépêtrer de la mouise financière et regagner la paix sociale Qui l’eut cru qu’une législation adaptée aux réalités du XXIe siècle faisait de tel miracle? Sûrement pas François, Antonis ou José Luis.