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L'industrie du jeu vidéo flirte avec Hollywood

Le E3, plus grand salon du jeu, s'est tenu à Los Angeles. L'industrie s'inspire du cinéma, mais aussi et toujours de la guerre.

La convergence entre jeux vidéo et cinéma s'accélère. L'Electronic Entertainment Expo (E3), le plus grand salon du monde du jeu vidéo qui s'est tenu la semaine passée à Los Angeles, en a fait la démonstration. En avant-scène, la guerre que se livrent les trois constructeurs de consoles: Sony, Microsoft et Nintendo. Puis, les éditeurs de jeux: Electronic Arts (25% du marché), Activision, Ubi Soft, Take Two Interactive, Vivendi Games, etc.

Tenant leurs conférences de presse dans les lieux les plus prestigieux d'Hollywood, les promoteurs du jeu vidéo aiment à rappeler que leurs ventes mondiales annuelles excèdent celles du cinéma (plus de 20 milliards de dollars par an). Aujourd'hui, tant les studios de film que les agences de superstars comme la Creative Art Agency ont leur département de nouveaux médias et plus d'un quart des annonces du Hollywood Reporter concernent les nouvelles technologies.

Ainsi cette année, difficile de trouver un film qui ne sorte sans être accompagné de son homologue interactif: Superman returns, Pirates of the Caribbean, Lord of the Rings, King Arthur, Da Vinci Code... Si parfois le jeu est conçu de pair avec le film dès son écriture, comme pour Matrix Online des frères Wachowski, beaucoup de ces franchises manquent malheureusement d'originalité dans leur traitement. L'apparition d'un héros reconnaissable ne suffit pas à en faire un bon jeu.

Parmi les exceptions présentées à l'E3: Dirty Harry, annoncé par Warner Bros. Interactive Entertainment, pour lequel Clint Eastwood a fait acte de présence afin de soutenir son alter ego virtuel. C'est aux côtés de Laurence Fishburne et Gene Hackman qu'il prêtera sa voix et son apparence à son avatar évoluant dans une reconstitution de San Francisco dans les années 70. Un scénariste recommandé par Clint lui-même participera à l'élaboration des scripts interactifs.

Une autre surprise est l'adaptation très réussie de la série-culte Desperate Housewives, conçue par une équipe de femmes chez Buena Vista Games. Il permet de se glisser dans la peau d'une des stars de la série ou d'une ménagère anonyme. Gifler ou enquiquiner les voisines, faire de bonnes actions, la lessive, appeler le plombier et l'accueillir en déshabillé pour finir dans la chambre à coucher, cette simulation de la série permet tout cela. Très similaire en apparence aux «Sims», il comporte des scénarios originaux écrits par les auteurs de la série. Ce genre de collaboration est facilité par la fusion des groupes de média: l'éditeur Buena Vista Games et la chaîne de télévision ABC appartenant tous deux à Disney.

Du côté des réalisateurs, John Woo réalisera son premier jeu, Stranglehold, pour la PS3, tandis que Steven Spielberg a signé un contrat avec Electronic Arts pour deux jeux top secrets.

Mais l'industrie du jeu vidéo n'atteindra sa maturité que lorsqu'elle saura élever son contenu au rang de produit culturel. Aujourd'hui, elle reste obsédée par les stratégies militaires en temps réel et les tueries de masse en «first-person shooter». Sur fond de guerre froide en réchauffé ou de conspiration terroriste, elle s'exténue en simulations hyperréalistes et en armes toujours plus puissantes: «World in Conflict» de Vivendi offre aux joueurs la bombe nucléaire tandis que «Army of Two» de Electronic Arts inclut la reconnaissance vocale, une intelligence artificielle avancée et permet aux joueurs en réseau de communiquer par talkie-walkie avec une imitation in-game de Skype.

Quant à Konami, elle mêle des terroristes qui s'expriment en parfait arabe littéraire à des méga-robots destructeurs. Mais le danger de la collusion entre industrie du divertissement et du militaire aux Etats-Unis est bien réel: l'armée américaine est le principal sponsor de E3. Elle a stationné un hélicoptère de combat à l'entrée du centre de congrès pour promouvoir son jeu «America's Army», qui sert à recruter les jeunes soldats.

Le salut du dixième art repose dans les mains des artistes et des auteurs visionnaires. La Game Developer's Conference, qui se tient en février au nord de la Californie présente une alternative aux majors. Par son Independent Game Festival, elle défend les intérêts du jeu vidéo indépendant: jeux documentaires, jeux politiques, jeux intellectuels.

Ceux-ci ont un futur grâce à la distribution numérique. Avec le haut débit, plus besoin de passer par un revendeur, d'imprimer des DVD et des emballages en carton: le jeu est téléchargeable. Les portails on line comme Valve, Sony Online et Disney Online exploitent ce procédé et proposent déjà dans leur sélection des titres issus de développeurs indépendants.

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