Pour l'industrie du mobile, le développement rapide des réseaux de 3e génération n'est pas à l'ordre du jour. Il s'agit d'abord de rentabiliser les infrastructures existantes et développer des services sans investir massivement dans celles-ci. Dans cette optique, le MMS (pour «Multimedia messaging service») tombe à point nommé. Calqué sur le SMS, mais capable de transporter, outre du texte, des images, des sons ou, à terme, des séquences vidéo, ce service devrait faire son apparition en Suisse dans le courant de l'année. Nokia, en tout cas, y croit dur comme fer et espère que le message multimédia connaîtra le même succès populaire que son prédécesseur textuel. La société organisait hier à Zurich une séance de démonstration, au moyen du téléphone compatible MMS qu'elle lancera sur le marché suisse dans le courant de l'année. Du point de vue de l'utilisateur, un message MMS s'échange exactement de la manière qu'un SMS. Le téléphone présenté – un 7650 – comporte une petite caméra dans son boîtier. Il est ainsi possible de prendre un instantané, de joindre un petit texte ou une séquence sonore, et d'expédier le tout à son correspondant. Celui-ci reçoit le message sans autre opération, exactement comme un SMS. «Il est désormais possible de partager l'instant», s'enthousiasmait Annika Bengtsson, démonstratrice pour l'occasion. La parenté entre le MMS et le SMS est voulue. Les responsables de Nokia présentent le MMS comme une étape intermédiaire entre le SMS et l'Internet mobile. Le message multimédia reprend les caractéristiques qui ont fait, aux yeux des industriels, le succès du SMS: facturation simple, utilisation facile, compatibilité entre appareils de différentes marques et entre réseaux. Cette dernière condition devrait être remplie: les principaux fabricants de mobiles sur le marché européen soutiennent le standard MMS, comme ils l'ont réaffirmé la semaine passée lors du «3GSM WorldCongress» de Cannes. De plus, le système est conçu de façon à assurer la compatibilité du MMS avec tous les types de réseaux, comme l'actuel GSM ou le futur UMTS. Restent cependant de nombreuses inconnues. Dans un premier temps, les utilisateurs «compatibles» seront minoritaires. Afin qu'il soit tout de même possible d'envoyer un message à n'importe quel autre abonné, les opérateurs devront installer une interface Web permettant d'aller relever sur Internet les messages, notifiés par un SMS classique. En réalité, la procédure s'avère pénible et risque d'en décourager plus d'un. Autre obstacle, le prix des mobiles compatibles. Ecran couleur et caméra intégrée sont pour beaucoup dans l'attrait du MMS. Or les téléphones compatibles bas de gamme – Nokia en annonce pour la fin de l'année sur le marché suisse – en seront dépourvus et ne permettront que la réception des messages. Enfin, l'envoi de MMS ne sera possible qu'à la condition que les opérateurs installent des serveurs nécessaires sur leurs réseaux. Forts d'une étude montrant qu'une majorité des utilisateurs seraient prêts à débourser deux ou trois fois le prix d'un SMS pour expédier un instantané, les responsables de Nokia parient sur un succès rapide. Ils n'ont pas encore gagné.