Découvrir le Cebit de Hanovre, c'est plonger dans quelque chose qui ressemble à Métropolis. Le plus grand événement mondial du secteur, qui ouvre ses portes aujourd'hui, a pris des dimensions gigantesques. L'espace d'exposition couvre 431 611 m2, répartis sur 26 halles accueillant 8106 exposants (contre 7891 en 2000) et – objectif pour cette année – plus de 750 000 visiteurs. Toutes les plus grandes marques de la téléphonie mobile, du logiciel, des périphériques, des agendas électroniques ou de l'ordinateur y ont fait le déplacement avec leurs dernières nouveautés.

En réalité, certaines ont déjà largement été dévoilées sur Internet via des sites spécialisés. «Il faut bien serrer les mains de nos meilleurs clients», souffle une responsable de relations publiques. A regarder le sourire carnassier de certains employés de grands groupes aux conférences de leurs concurrents, on comprend aussi que cette foire est un bon lieu d'espionnage. Mais l'euphorie des chiffres et l'enthousiasme, un brin forcé, qui règne au Cebit n'arrivent pas à faire oublier que le secteur est actuellement à la recherche d'un second souffle.

Car si à Hanovre, on parle peu de la chute des valeurs technologiques au Nasdaq ou de la déconfiture des sociétés.com, on s'inquiète du ralentissement qui s'annonce, suite aux montants faramineux engloutis par l'achat des licences UMTS en Europe (téléphonie mobile de troisième génération): mille milliards de francs! La construction des réseaux coûtera la même somme. Les constructeurs de téléphones mobiles et de réseaux se font donc du souci. «Ericsson était fermement opposé à la vente de ces licences, mais les différents ministres des Finances avaient apparemment une autre opinion», a souri Torbjörn Nilsson, un des vice-présidents de la marque suédoise. Selon lui, si cette situation n'aura pas de conséquence sur les ventes des constructeurs – les équipements commerciaux nécessaires à la construction des réseaux commencent à être livrés –, les commandes futures risquent bien, elles, de souffrir. Ce qui provoquerait alors un ralentissement général. Et Torbjörn Nilsson de prévoir des restructurations chez les opérateurs. Point de telles inquiétudes chez Nokia, qui, avec l'arrogance du leader, se contente à Hanovre de montrer une fois encore ses prototypes de téléphones du futur et d'affirmer qu'il dominera le marché. Pour utiliser ces téléphones UMTS, le grand public, lui, devra attendre jusqu'en 2002 voire début 2003. Les experts hésitent.

Pour se redonner le moral, les constructeurs appliquent dès lors deux méthodes. Soit ils se répètent que les Etats-Unis vont bientôt adopter le standard GSM qu'ils maîtrisent et que la Chine est décidément un immense marché. Soit ils affirment s'en tenir au calendrier annoncé et préfèrent parler des produits qui débarquent sur le marché: les téléphones GPRS (2e génération améliorée).

Motorola avait déjà lancé le mouvement avec cinq modèles. Siemens, plus prudent, n'en présente qu'un contre trois pour Ericsson et deux pour Nokia, qui assure cependant que plus de la moitié de sa production annuelle sera consacrée au GPRS. «Pour avoir un réseau de troisième génération, vous avez besoin de passer par le GPRS, rappelle Torbjörn Nilsson. Ces technologies sont complémentaires et non exclusives.» «Ce que nous ferons avec l'UMTS, nous l'aurons déjà fait avec le GPRS», appuie le vice-président de Siemens. Et pour présenter ces nouveautés, les constructeurs ont érigé des stands qui ressemblent à des temples, remplis de l'espoir que ce premier pas vers une utilisation mobile du multimédia les mènera vers leur Graal: la véritable convergence promise par l'UMTS.