Les kiosques ressembleront-ils un jour à des salles remplies de bornes interactives et d'imprimantes laser, les clients choisissant par écran interposé les journaux qu'ils veulent lire? Si cette vision est encore du domaine de la pure futurologie, certaines sociétés américaines ont décidé de se lancer sur le marché. Pour l'heure, leur système d'impression en direct et in situ fonctionne surtout dans les hôtels et certains aéroports. Le Temps a décidé de s'associer avec l'une d'elles: Newspaperdirect. Depuis quelques jours, la dernière édition en date du journal est disponible dans un peu plus de 80 hôtels à travers la planète, ainsi que dans une dizaine d'entreprises et de commerces, ou encore de manière individuelle, avec livraison à domicile, à Vancouver, Toronto, Washington, Moscou, Saint-Pétersbourg, Bristol et Bath, via une inscription sur le site de la société*.

«L'intérêt est triple, explique Valérie Boagno, directrice commerciale du Temps. C'est d'abord une question d'image, nous faisons partie d'une liste de titres prestigieux (El Pais, Le Monde, Financial Times, Neue Zürcher Zeitung, International Herald Tribune, Boston Globe, The Christian Science Monitor, Times of India, Mainichi Shimbun, Süddeutsche Zeitung, etc., ndlr). C'est ensuite une question de disponibilité: jamais nous n'aurions pu offrir le titre là où il est aujourd'hui distribué. Nous ne pouvons pas y aller physiquement, sauf à dépenser 20 à 30 francs par exemplaire avec une chance sur vingt qu'il soit vendu, sans parler des délais de livraison. C'est enfin un pari sur l'avenir: mettre à disposition un produit sous forme immatérielle et qui ne devient réel qu'à la demande. A terme, ce système devrait s'étendre à d'autres lieux de distribution, y compris les kiosques.»

Newspaperdirect, fondée en 1999, emploie une quarantaine de personnes. «Nous espérons atteindre le tirage de 1000 exemplaires par jour d'ici à quelques mois, précise Mijenko Horvat, président et directeur de la société. En février, nous avons vendu 50% de copies en plus.» A l'inverse de l'un de ses concurrents, Presspoint, lancé en 1998 dans les kiosques, et qui – crise des sociétés «.com» oblige – a cessé ses activités à l'automne 2000, Newspaperdirect a opté pour une stratégie commerciale plus restrictive. «Nous n'imprimons que sur demande du client, explique Mijenko Horvat. Nous n'avons donc aucun retour. La version offerte n'est pas non plus une version dite «globale», retravaillée, mais l'exacte réplique du journal d'origine.» Ainsi, en termes de publicité, Newspaperdirect ne remplace pas celle qui est transmise. Tout au plus, en ajoute-t-il. Les hôtels, pour la plupart de grandes chaînes internationales, y trouvent aussi leur compte, en offrant un service supplémentaire à leur clientèle.

Pour les rédactions aussi, la collaboration est financièrement peu coûteuse: «Elle ne coûte que le prix de la communication Internet pour transmettre à Newspaperdirect nos pages», explique Philippe Léchaud, du département marketing du Temps. Soit 40 à 60 minutes quotidiennes pour un seul technicien mobilisé. Le client, lui, paie le journal en moyenne 3 dollars, dont 20 cents sont reversés à l'éditeur. «Nous n'avons fixé aucun objectif de vente, précise Valérie Boagno. On attend les premiers retours pour voir comment cela marche.» Pour l'heure, le service de Newspaperdirect n'est pas disponible en Suisse. Mais «une première installation pilote est bientôt prévue en collaboration avec la chaîne Swisshôtel dans son établissement de l'aéroport de Zurich», annonce Mijenko Horvat.

Format un peu différent

Si certains journaux, comme la NZZ, transmettent l'intégralité de leur contenu, d'autres ont fait des choix. «Newspaperdirect souhaitait une pagination constante et au maximum de 40 pages, nous n'envoyons donc que les pages rédactionnelles, pas les pleines pages de pub, ni les mémentos services (cinéma, TV, Bourse et placements), explique Valérie Boagno. De toute façon, je ne crois pas que cela manquera au lecteur.» Ce qui le marquera par contre, c'est que si l'objet qu'il tient dans les mains a certes les couleurs, le logo et le graphisme d'origine, la qualité du papier et le format, eux, sont différents. Tous les titres sont imprimés en A3.

L'extension du système de vente et d'impression sur demande aux kiosques est pour l'heure limitée par des questions technologiques. Mijenko Horvat joue la prudence: «D'un côté, il y a le problème de la qualité de la connexion au réseau, de l'autre, celui du temps nécessaire à l'impression des pages. Mais tous deux sont en amélioration. Preuve en est le récent accord que nous avons signé avec un des plus gros distributeurs de journaux sur l'archipel d'Hawaï.»

* www.newspaperdirect.com