Jean-Marie Messier clôt 2001 en beauté. Il vient de réussir avec succès l'entrée en force de son groupe, Vivendi-Universal, sur le marché de l'audiovisuel américain en reprenant les activités audiovisuelles de USA Networks (Le Temps du 17.12.01). De plus, depuis que son vice-président Edgar Bronfman Jr a renoncé à toute fonction exécutive au sein de Vivendi Universal (LT du 7.12.01), démontrant que la fusion un an plus tôt entre Vivendi, Canal + et le Canadien Seagram relevait en fait du rachat par les Français de la société canadienne, Jean-Marie Messier est seul maître à bord du deuxième groupe de communication mondial, derrière AOL Time Warner. Tout puissant, J2M, comme il aime à se faire appeler, ou J6M («Jean-Marie Messier Moi-Même Maître du Monde») comme l'avaient surnommé les Guignols, signe ainsi un parcours jusque-là sans faute. La preuve que l'homme a su suivre les quelques lignes de René Char qu'il citait en 2000 en prologue de son livre, J6M.com: «Impose ta chance. Serre ton bonheur. Et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront.»

Né le 13 décembre 1956 dans une famille de cadres moyens à Grenoble, Jean-Marie Messier est un produit classique de l'élite à la française: Polytechnique, ENA, puis l'Inspection des finances. C'est aux Finances, justement, que ce catholique père de cinq enfants occupe de 1986 à 1988 le poste de responsable des privatisations du gouvernement Chirac, avant de devenir à 33 ans associé-gérant de la Banque Lazard, s'occupant essentiellement de fusions d'entreprises. Cinq ans plus tard, adoubé par le précédent patron, Guy Dejouani, il prend les rênes de la Companie Générale des Eaux et fait de l'entreprise de services publics, rebaptisée Vivendi, le numéro deux de la communication, notamment en rachetant le publicitaire Havas et la chaîne Canal +, en lançant la compagnie de téléphonie mobile Cégétel et sa filiale SFR, et, en juin 2000, en orchestrant la fusion à trois entre Vivendi, US Seagram (Universal Music et Studios Universal) et Canal + pour créer Vivendi Universal. Celui que le Canard enchaîné décrit comme «un garçon physiquement rond et psychologiquement carré» ne s'arrête pas là. Il vient ainsi d'investir 1,5 milliard de dollars dans le bouquet satellitaire américain EchoStar et acheter pour 17,3 milliards de francs les activités TV et cinéma de USA Networks pour les fusionner avec Universal Studios.

Et même si Jean-Marie Messier vient de s'installer à New-York, pas question de demander la nationalité américaine, à l'instar du magnat australo-américain Rupert Murdoch. Interrogé hier sur le sujet lors d'une conférence de presse téléphonique, il a rétorqué: «Non, je ne crois pas. Je suis fier de mon passeport français».

Et s'il affirme aussi «être fier d'être un New-yorkais, encore plus après les événements du 11 septembre», l'homme sait se servir de l'actualité politique: suite aux attentats, il a annoncé la création d'un «Institut de la prospective» rassemblant des intellectuels pour «éviter un choc de civilisations» et apporter «des réponses culturelles».