Après avoir dit qu'ils n'en feraient pas, jusqu'à ce que M6 lance Loft Story, après s'en être publiquement insurgés, les dirigeants de TF1 font le pas et s'efforcent même désormais de montrer que, en matière de télé-réalité, ils font mieux que tout le monde. Qu'ils ont commencé avant tout le monde mais que, eux, ils font ça proprement.

Hier, lors de la traditionnelle garden-party de la rentrée, Etienne Mougeotte, vice-président de la chaîne, s'est donc efforcé de composer toutes les variations possibles autour du thème: «TF1 reste la chaîne préférée des Français.»

Curiosité attendue de l'année, la conférence de presse a commencé par la projection de l'interview d'un sociologue, Jean-Louis Missika, expliquant ce qu'est la télé-réalité et pourquoi elle prend autant d'importance. Ce que voulait démontrer Etienne Mougeotte, c'est que la télé-réalité est incontournable, et qu'aujourd'hui le téléspectateur veut être un «téléspect-acteur», selon ses propres termes. Pourquoi TF1 se tiendrait-elle délibérément à côté d'un phénomène de société? D'autant plus que «la télévision du réel, c'est comme la prose de monsieur Jourdain. Beaucoup de gens à la télévision en ont fait sans le savoir», a-t-il expliqué, prenant pour exemple des émissions comme Stars à domicile ou Rêves d'un soir.

Place à la «real info»

De ce fait, personne ne peut s'offusquer du lancement de Star academy, la nouveauté de la rentrée. Le principe consiste à enfermer durant trois mois seize candidats, sélectionnés par le public parmi une centaine de jeunes gens. Le but est d'en faire des stars en leur faisant suivre chaque jour six heures de cours, en particulier de danse et de chant. Les vedettes en herbe, que les téléspectateurs retrouveront chaque jour dans un rendez-vous de vingt-six minutes, seront peu à peu éliminées. Le gagnant pourra enregistrer un album et chantera à l'Olympia. Le second et le troisième participeront à une comédie musicale. Mais Star academy n'est pas Loft Story. «Les jeunes pourront sortir chaque week-end et il n'y aura pas de caméras partout», a ainsi proclamé Etienne Mougeotte.

En fait, le principe de la télé-réalité – la télé dont vous êtes le héros – semble avoir désormais envahi tous les programmes. A commencer par l'information elle-même. Pour le passage à l'euro, en janvier, TF1 installera, dès le 15 septembre et au moins pour cinq mois, un bureau détaché à Issoire, petite ville de 12 000 habitants dans le centre de la France.

L'intérêt est de montrer comment l'événement que constituera le changement de monnaie est vécu par Monsieur et Madame Tout-le-monde. Des habitants de la petite ville seront régulièrement interrogés et reviendront comme des personnages familiers au cours de reportages diffusés dans les journaux de 13 h et de 20 h. Issoire a été choisie en raison de sa «représentativité», selon Etienne Mougeotte. Au cours d'un petit document projeté en conférence de presse, on a pu découvrir les verdoyants paysages du Puy-de-Dôme, une foire aux bestiaux, ainsi que le vétérinaire, une restauratrice, et le curé de cette petite commune qui se félicitait que «même les ouvriers, ici, sont des ruraux». Et, bien sûr, on a interrogé la boulangère pour savoir ce que serait le prix de la baguette en euros. La réalité française à l'état brut.