Ce soir, Joseph Gorgoni alias Marie-Thérèse Porchet née Bertholet, mènera un lama par le bout du nez… De Bischofszell à Saint-Gall, la célébrité internationale va livrer quelques-uns de ses secrets et de ses humeurs. Demain, ce sera le tour de Massimo Rocchi, puis celui d'Ursula Koch, de Bertrand Piccard, de Michael Von der Heide. Toutes ces personnalités suisses, et bien d'autres encore, participent cet été à Longues oreilles, une émission dont la formule bucolique a rencontré un immense succès en 1995 déjà. Son principe: faire dialoguer un invité avec une animatrice, mais aussi avec l'ânesse Naphtaline, les deux lamas Basilic et Romarin et Nuggets le chien.

La nouvelle série de 25 épisodes – du lac de Constance au lac Majeur – débute cette semaine. Les dialogues détendus, l'humoristique commentaire de la narratrice et la musique originale promettent douze minutes de distraction joyeuse. Le réalisateur Frédéric Gonseth nous parle de son idée, qu'il a proposée en tant qu'indépendant à la Télévision suisse romande.

Le Temps: D'où vient ce concept d'émission saugrenu?

Frédéric Gonseth: La marche et le trekking avec des ânes sont pour moi un plaisir et une passion de longue date. L'âne, c'est l'anti-monde moderne, le contraire de l'efficacité. En route, rien ne peut être planifié définitivement, vous êtes toujours plus ou moins livré au hasard. Cela a un effet très rafraîchissant de nos jours. Au cours de ces voyages, ma caméra me sert de bloc-notes, à l'instar d'un carnet de route. Après mes premières expériences en France, où j'ai fait du trekking en famille, j'ai décidé, en 1990, de réaliser un documentaire sous cette forme. De là est né L'Ukraine à petits pas. Ensuite, le projet Longues oreilles s'est tissé de fil en aiguille. L'idée, c'est d'avoir un invité par jour, de le faire participer à la marche, et de provoquer ainsi entre lui et Catherine Azad, l'animatrice, une rencontre qui peut être intéressante pour le public. En 1994, j'avais présenté à la TSR un projet pilote, et l'année suivante, cela s'est réalisé sous forme d'une série de 25 épisodes.

– Pourquoi la série s'inscrit-elle cette année dans le cadre d'«Idée suisse», plate-forme créée par la SSR, et dont la vocation consiste à contribuer à la cohésion nationale?

– Comme nous ne voulions pas retourner sur nos traces, nous avons choisi d'explorer ce que nous connaissions moins bien, la Suisse orientale et le Tessin. En proposant ce nouveau trajet à Raymond Vouillamoz, directeur des programmes à la TSR, nous avons pu obtenir le soutien d'«Idée suisse». Le concept, à la base, est resté le même. Ce qui change, c'est que nous avons une équipe technique plus perfectionnée, adaptée aux exigences du voyage et du tournage en plein air. Et comme nous connaissons moins bien la région, nous vivons plus de surprises, géographiques et météorologiques. Nous avons par exemple dû modifier notre trajet initial à cause de la neige: il fallait contourner le Säntis au lieu de passer par en haut. Mais nous avons quand même réussi à traverser, avec tous les animaux bien sûr, les 2450 mètres du col de Panix…

– Comment le tournage se déroule-t-il?

– On a commencé en mai, et nous allons continuer à travailler jusqu'à la fin juillet, à un rythme effréné. A chaque semaine de tournage – qui consiste en cinq jours de voyage, avec un invité différent chaque jour – suit une semaine de montage. En tout, il nous faut donc compter dix semaines pour réaliser 25 épisodes. Chaque soir, j'écris une sorte de compte rendu du tournage, qui nous sert ensuite de base pour le montage. En fin de compte, il s'agit de réduire deux à quatre heures de pellicule à douze minutes d'émission. Toutefois, cette intervention n'a rien d'artificiel, au contraire: au moins la moitié du scénario se décide automatiquement, par la nature du trajet lui-même. Le départ, l'arrivée, la traversée d'une rivière ou la halte dans un bistrot… Sans parler des imprévus et des situations difficiles. A la descente du col de la Panix, par exemple, nous nous sommes retrouvés face à un petit pont fait de rails de train, au-dessus d'un torrent. A première vue, impossible à traverser. Au moment où, désespérés, nous leur tournions le dos, les animaux s'y sont mis tout seuls. Ils ont compris qu'il n'y avait pas d'autre solution. C'était un moment très émouvant.

– Est-ce ce côté pittoresque et aventurier qui séduit les spectateurs?

– Je crois que c'est d'abord la nouveauté qui compte. Ce que nous faisons est inhabituel, et c'est la seule émission – à part le Tour de France – qui peut se tourner sous la pluie… Non, franchement, je veux dire que nous ne trichons pas, rien n'est trafiqué: c'est un jeu de la vérité. Si l'invité est épuisé par la marche, ou si quelque chose ne joue pas comme prévu, nous n'allons pas le cacher. Nous laissons les gens exister, nous ne jugeons pas, et l'humour a toujours sa place. C'est sans doute cette spontanéité et cette fraîcheur que le public aime.

Longues oreilles, à voir sur TSR1, du lundi au vendredi à 18 h 55.