La Fondation Hirondelle, créée par des journalistes suisses dans le sillage du génocide au Rwanda en 1994, refait surface… au Kosovo. Cette fois, il n'y aura pas de station comme la défunte Radio Agatashya installée dans l'ex-Zaïre, mais plutôt un studio de production. Les informations et des magazines seront par la suite livrés clés en main aux radios locales pour la diffusion. Le tout pour le compte de l'Organisation des Nations unies qui, dans d'autres situations de crise, installe sa propre radio. Les journalistes de la Fondation Hirondelle seront placés sous l'autorité de Bernard Kouchner, le représentant spécial de la Mission intérimaire de l'ONU au Kosovo (MINUK). Cette opération radiophonique, mandatée à la Fondation Hirondelle, est financée par le Confédération. Les modalités ont été finalisées lundi lors de la rencontre entre le chef du Département fédéral des affaires étrangères, Joseph Deiss, et Bernard Kouchner à Pristina.

La voix de son maître

«Nous couvrirons l'actualité locale et internationale tout en portant une attention particulière aux réfugiés et déplacés, pour leur offrir des informations de service», explique Jean-Marie Etter, président de la Fondation Hirondelle. «En 1996, nous avons financé la radio Free Elections Network pour la Bosnie. Nous sommes convaincus de la nécessité d'une radio indépendante dans une situation de crise», déclare pour sa part un fonctionnaire de la division Europe de l'Est à la Direction du développement et de la coopération (DDC). En effet, Berne a prévu 2 millions de francs pour la construction des locaux, pour l'installation du studio et pour les frais opérationnels pendant une année. «Pour la suite, nous ferons une évaluation mais nous partons du principe qu'il faudra rapidement remettre le projet aux mains des journalistes kosovars», poursuit J.-M. Etter.

Toujours est-il que cette initiative ONU-Suisse fait grincer des dents. «Le studio va faire exactement ce que nous faisons actuellement», déplore Lorette Hieber de Media Action International (MAI), une organisation basée à Versoix (GE) qui diffuse des informations humanitaires au Kosovo. Pendant la guerre, MAI arrosait les camps de réfugiés en Albanie et en Macédoine. «Nous achetons du temps d'antenne aux radios locales pour y passer les informations produites par nos journalistes», ajoute-t-elle.

«Par ailleurs, déplore Lorette Hieber, l'installation de la voix onusienne porteuse d'un agenda politique ne présage rien de bon pour la liberté de la presse.» Elle estime que les journalistes de la Fondation Hirondelle répercuteront simplement la voix de son maître au Kosovo. Et d'ajouter: «Certaines organisations onusiennes comme le Haut-Commissariat pour les réfugiés financent déjà nos activités. Elles sont convaincues que l'information diffusée par un média indépendant est plus crédible et plus efficace.»

Ce n'est pas tout. Sous le titre «Drapeau suisse sur une radio de l'ONU?» sur son site Web, l'organisation Medienhilfe Ex-Jugoslawien basée à Zurich pose comme MAI des questions sur la nécessité d'un service d'information de l'ONU payé par la Suisse alors qu'il existe déjà au moins six radios locales. Nena Skopljanac, un des responsables, affirme que son organisation soutient plusieurs projets dans le domaine des médias dans toute l'ex-Yougoslavie depuis 1992. «Nous n'avons par nous-mêmes initié aucun projet. L'ex-Yougoslavie compte des dizaines de professionnels de très bon niveau qui ont surtout besoin d'aide matérielle», raconte-t-elle.

Nena Skopljanac estime aussi que la radio de l'ONU constitue un bon signe pour la pluralité de la presse mais un mauvais pour la liberté d'expression. En effet, Medienhilfe Ex-Jugoslawien a, dans une lettre écrite fin juin au directeur de la Coopération suisse, émis les mêmes réserves sur la participation de la Confédération dans le projet radiophonique de l'ONU.