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Louison dessine où elle veut, quand elle veut, na!

La dessinatrice proche de «Charlie» règle ses comptes sur Twitter avec une journaliste du «Figaro»

Le 23 février, «23h03: @EugenieBastie n’a toujours pas répondu à mon tweet. Je ne désespère pas, l’élégance journalistique vaincra.»

La dessinatrice Louison, 30 ans, connue pour son amour des pois, petits ou grands, règle ses comptes sur Twitter comme jadis les nobles réglaient les leurs dans un pré, avec leurs témoins respectifs.

La dénommée Eugénie Bastié, journaliste au Figaro, lui répondra douze heures plus tard par ce même canal, acceptant de reconnaître qu’elle a dégainé un peu vite. La cause de cet échange? Un tweet de la journaliste de droite ironisant sur l’opportunisme de la dessinatrice de gauche, passée de «Je suis Charlie» à «Je suis Macron». La preuve? Sur le compte Twitter du gouvernement, Louison fait l’éloge de la loi qui divise les Français. Titré «Un coup de jeune pour notre santé», son croquis montre un pot de crème Macron à s’appliquer tous les jours pour avoir un meilleur teint.

Beaucoup d’internautes ont manifesté leur surprise face au «retournement» de celle à qui on doit probablement l’hommage le plus drôle aux victimes de Charlie Hebdo: saint Pierre sur ses nuages disant: «Ils ont déjà dessiné des bites partout.» Les partisans d’Eugénie évoquent le «cynisme du PS» et se moquent d’une «novelangue devenue LOL-langue». A tous ceux-ci, Louison a répondu au bazooka: «La liberté d’expression qu’on défend si férocement en ce moment, c’est aussi pouvoir dessiner où on veut, avec qui on veut. Voilà. Bisous.»

Où on veut? Avec qui on veut? Celle qui, à 15 ans, voulait être Plantu et qui a commencé à «gribouiller» dans Marianne en 2009 veut un peu partout, et avec le plus de monde possible. Cette fille qui aime le métro, l’humour «pas trop sentimental» et le rouge à lèvres est une boulimique de travail. Elle le dit elle-même dans sa présentation à la troisième personne: «Passée par presque toutes les rédactions du territoire (il ne lui manque que Pif Gadget et Union pour finir sa collection) elle publie à la fois sur Internet et dans les journaux faits en bois.»

Elle a oublié de mentionner qu’elle était aussi chaque vendredi aux Matins de France Culture pour dessiner en direct, et toutes les semaines au service du gouvernement pour illustrer par son «Hashtag du jeudi» les décisions de l’exécutif. Elle a commencé en octobre 2014, donc bien avant les attentats de Charlie. C’est ce qu’elle voulait faire cracher à Eugénie Bastié, qui a reconnu son anachronisme mais maintenu sa position: cela reste de la propagande.

Dans cette querelle qui rappelle les salons du XVIIIe siècle, Louison a eu le dernier mot, comme souvent. Parce que parfois elle les invente, comme ce hashtag lancé hier et suivi que par elle-même ##JeSuisCharlieMêmeSiJeSuisPasDedans.