C’est une nouvelle gifle infligée par la majorité alémanique du canton de Berne à sa minorité francophone. L’UDC bernoise, réunie lundi soir à Belp, a très largement rejeté, par 288 voix contre 74, la proposition de sa section du Jura bernois de cumuler le candidat francophone Manfred Bühler lors des élections au Conseil national le 18 octobre.

Certes, Manfred Bühler et Anne-Caroline Graber figureront en tête de la liste UDC, mais seul leur cumul leur donnait une petite chance d’élection. Même en sachant que le parti cantonal n’était pas favorable à ce dessein, la section UDC du Jura bernois a tenté le forcing, en se rangeant résolument derrière l’option du cumul. Rien n’a infléchi le parti cantonal, qui avait pourtant accordé le cumul au Prévôtois Walter Schmied en 1991 et au Neuvevillois Jean-Pierre Granber en 2007, ce qui avait contribué à leurs élections.

A l’instar des autres partis bernois, l’UDC n’est plus disposée à accorder le moindre privilège à la minorité francophone du canton. Le fait que l’UDC du Jura bernois ait été la locomotive des partisans du maintien du Jura bernois dans le canton de Berne, lors de la votation de novembre 2013, n’y a rien fait. Le temps des faveurs n’existe plus. Le Jura bernois a ainsiété torpillé par la section UDC de la ville de Berne, qui réclamait elle aussi le cumul de son candidat Thomas Fuchs.

Conseil du Jura bernois pas écouté

Propre à l’UDC, où les débats se tiennent exclusivement en dialecte alémanique - même les Jurassiens bernois ont dû s’exprimer en suisse allemand -, la décision de Belp constitue une nouvelle humiliation pour la minorité politique du Jura bernois, qui dispose pourtant d’un statut particulier dans le canton de Berne. En 2012, après la non-réélection du sortant Jean-Pierre Graber au Conseil national - premier des viennent-ensuite, l’ancien directeur d’école retourne en 2015 au Conseil national, profitant d’un désistement, mais il n’est plus candidat à un nouveau mandat -, le Conseil du Jura bernois avait rendu un rapport montrant que la meilleure chance pour un francophone d’être élu au Conseil national, c’était son cumul. Une nouvelle fois, la voix du Conseil du Jura bernois n’est pas écoutée.

L’UDC bernoise consent un lot de consolation. Les deux candidats francophones, Manfred Bühler et Anne-Caroline Graber, figureront en tête de liste. Candidat non-élu au gouvernement cantonal en mars 2014, Manfred Bühler fait contre mauvaise fortune bon coeur. Il estime avoir sa chance en automne prochain, lui qui avait pu se faire connaître lors de la campagne de 2014.

Rien n’est moins sûr. Les circonstances générales ne lui sont pas favorables. Le canton de Berne passera de 26 à 25 conseillers nationaux et l’UDC pourrait perdre l’un de ses huit mandats. Par ailleurs, six des huit parlementaires fédéraux UDC titulaires sont candidats à leur réélection.