Les habitants du Kosovo auront bientôt leur propre télévision. L'Union européenne de radio-télévision (UER) a en effet été mandatée par les Nations unies pour mettre sur pied une chaîne de télévision autonome qui diffusera ses premières émissions le 1er septembre prochain en albanais et en serbe. Pour l'instant, cette chaîne provisoire se contentera de diffuser par satellite, le réseau d'émetteurs hertziens ayant été quasiment détruit par la guerre. Mais la petite équipe que l'UER a envoyée ces derniers jours à Pristina s'est rendu compte que de toute façon une bonne partie de la population albanaise était déjà équipée de paraboles afin de capter les chaînes albanaises diffusées par satellite. La télévision de Pristina, depuis la fin de l'autonomie du Kosovo en 1989, était en effet devenue un simple relais de la télévision serbe.

Matériel local inutilisable

La décision de lancer une chaîne provisoire pour le Kosovo a été prise très rapidement ces dernières semaines. Ce n'est qu'à la mi-juillet que le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de la paix, Bernard Miyet, a contacté le patron de l'UER, le Suisse Jean-Bernard Münch, pour lui demander de s'occuper du problème de la télévision au Kosovo. Une équipe de l'UER, conduite par l'Allemand Richard Dill, est immédiatement partie pour Pristina afin de faire le point de la situation. «Outre M. Dill, qui s'est déjà occupé d'une mission semblable en Bosnie, explique Jean-Bernard Münch, cette équipe comprend deux ingénieurs, un Slovène pour les équipements techniques et un Italien pour les émetteurs, ainsi qu'un groupe de journalistes britanniques qui devront s'occuper des informations.» Dès son arrivée, M. Dill a rapidement constaté que le matériel de production et les émetteurs, abandonnés par les troupes serbes, étaient inutilisables.

«Vu le nombre important d'antennes satellite dans le pays, ajoute le secrétaire général de l'UER, nous avons pris la décision, avec le soutien du représentant spécial de l'ONU au Kosovo, Bernard Kouchner, de mettre sur pied rapidement un programme spécial de deux heures par jour, composé essentiellement d'informations locales et internationales, en albanais et en serbe.» Cette amorce de chaîne sera diffusée sur le satellite HotBird 3 d'Eutelsat, qui retransmet déjà les chaînes albanaises. A noter qu'il y a quelques semaines, au plus fort de la guerre, Eutelsat avait renoncé à diffuser par satellite la RTS, la télévision de Belgrade (lire Le Temps du 26 mai).

Pour produire ce programme spécial, l'UER va envoyer à Pristina un car de reportages à trois caméras ainsi qu'une série de caméras mobiles, un banc de montage et l'équipement nécessaire pour envoyer le signal vidéo vers le satellite. «On va devoir aller vite pour être prêt à émettre le 1er septembre prochain, note Jean-Bernard Münch. Mais tout devrait bien se passer. Sur place, notre équipe va bien évidemment travailler avec du personnel local, notamment avec ceux qui travaillaient pour la télévision de Pristina avant la suppression de l'autonomie du Kosovo.»

Jeu diplomatique

Outre ce programme provisoire, dont le coût pour les neuf prochains mois, est estimé à près de 4 millions de francs suisses, l'UER va également s'occuper de la mise sur pied d'une chaîne définitive pour le Kosovo avec des équipements complets et un réseau d'émetteurs hertziens. Officiellement, ce ne sera pas une télévision «nationale» puisque le Kosovo n'est pas reconnu comme un Etat indépendant, mais un «service régional autonome» de télévision. Interrogé sur les relations que cette nouvelle chaîne aura avec la télévision serbe, M. Münch explique diplomatiquement que «ces relations dépendront de l'évolution de la situation à Belgrade».

Depuis le 1er janvier 1994, la télévision de Belgrade n'est plus membre de l'UER, même si l'ancienne télévision yougoslave, la JRT, en était membre fondateur. «Lors de l'éclatement de la Yougoslavie, nous avions négocié avec les anciennes chaînes régionales de la JRT pour que chacune devienne membre de l'UER, explique Jean-Bernard Münch. Elles avaient jusqu'au 31 décembre 1993 pour le faire, mais les Serbes ne se sont pas prononcés sur ce sujet. Cela dit, nous avons quand même gardé des contacts techniques avec la RTS.»

Ce n'est pas la première fois que l'UER intervient en ex-Yougoslavie. En Bosnie déjà, elle a participé, après les accords de Dayton, au redressement de la RTVBH, la télévision de Sarajevo, qui est un de ses membres. L'ancien directeur général de la SSR, Antonio Riva, assure d'ailleurs la mission de représentant spécial de l'Union en Bosnie. Mais cette intervention à Sarajevo n'était pas du tout soutenue au départ par le représentant de l'ONU, le Suédois Carl Bildt. Ce dernier estimait que la RTVBH était trop proche du camp bosniaque et il avait favorisé la mise sur pied d'une nouvelle chaîne baptisée OBN-TV (Open Broadcasting Network). Mais cette dernière n'a jamais réussi à s'imposer et la RTVBH va se transformer en organe national proposant plusieurs chaînes, une bosniaque, une croate et une serbe.