La Commission autrichienne des cartels vient de bénir la fusion entre la branche magazine du groupe Kurier, éditeur du magazine Profil, et News, éditeur des magazines News et Format. Le groupe Kurier (30%)/News (70%) va désormais éditer l'ensemble des magazines politiques et économiques du pays, soit une douzaine de titres. Cette concentration dans les magazines est d'autant plus impressionnante qu'elle renforce celle déjà existante au niveau de la presse quotidienne: les deux plus forts tirages quotidiens du pays – Kronen Zeitung et Kurier, détenus chacun à 50% par le groupe de presse allemand Waz – sont eux aussi réunis dans un groupe de presse, le puissant Mediaprint. Si bien qu'ensemble, les deux groupes touchent plus des deux tiers de la population autrichienne âgée de plus de 14 ans. Il ne reste maintenant plus que deux quotidiens nationaux indépendants en Autriche.

En donnant son accord à la fusion, la commission des cartels a cependant émis des conditions: le magazine Profil, jusqu'ici dépendant du Kurier, voit son existence garantie jusqu'en 2005 et la disparition du titre ne pourra intervenir qu'à condition que l'éditeur ait tout tenté pour trouver un repreneur. Par ailleurs, la rédaction se voit-elle aussi assurée de son indépendance. Une garantie dont la commission elle-même souligne les limites: «Une telle assurance d'indépendance ne constitue pas une protection durable contre les interventions. En cas de conflit d'intérêts, c'est celui de l'éditeur-propriétaire qui finit par s'imposer.»

Un point de vue que partagent les nombreuses voix condamnant cette fusion. A commencer par celles des autres éditeurs de journaux. Pour le directeur de Styria, éditeur de Die Presse (quotidien viennois libéral-conservateur), «ce sont la politique, l'économie et les derniers médias indépendants qui feront les frais de cette fusion». Même levée de bouclier du côté d'Oscar Bronner, patron du Standard (quotidien viennois de centre-gauche) pour qui «l'insupportable concentration qui prévaut dans le secteur des journaux s'étend maintenant aux magazines». Il estime aussi que «les garanties prévues par la Commission des cartels ne valent pas mieux qu'un emplâtre sur un carcinome» et prévoit un effet désastreux sur le marché des annonces qui va être «laminé» par des tarifs combinés en faveur des grands groupes.

Jusqu'ici, les hommes politiques n'ont pas commenté l'événement. Un mutisme que la journaliste Isabella Wallnöfer (Die Presse) attribue à la peur de déplaire et qui «suffit à montrer le pouvoir que l'on reconnaît d'avance au groupe des magazines ainsi fusionnés. Le Ministère de la justice vient cependant de déposer un recours contre le feu vert de la commission des cartels.