Grâce à la ténacité d'une petite dame fluette, Hiroko Shimotomai, les investigations du célèbre commissaire Maigret sont diffusées, deux fois par mois, par l'une des chaînes du bouquet satellite japonais Sky Perfect. Agent indépendant, Hiroko Shimotomai est une habituée du Tokyo Show Case, le rendez-vous annuel TV franco-japonais, qui vient d'achever sa quatrième édition, placée sous le signe de la multiplication des chaînes thématiques et des opportunités commerciales qui en découlent.

L'exemple de Maigret est un cas d'école. Hiroko Shimotomai a dû batailler ferme en 1999 pour en arracher la diffusion, sous-titrée. «Contrairement aux films français, dont le public japonais raffole, le succès des téléfilms est beaucoup plus récent», explique-t-elle. Mais leur cote d'amour est à la hausse. Depuis, les grandes chaînes hertziennes japonaises ont acheté les droits du Comte de Monte-Cristo et Des Misérables. Les thématiques présentes sur le câble et le satellite diffusent, elles, Julie Lescaut et Navarro. La fiction télévisée française est devenue une valeur sûre. «Dès lors qu'une histoire est bien filmée et bien racontée, les Japonais sont amateurs, confirme Annabel Bighetti, de TF1 International. L'intérêt est là, mais les négociations sont longues.»

Une centaine de programmes

Le Tokyo Show Case, version 2001, a été dominé par la mutation de l'audiovisuel nippon, en pleine révolution depuis deux ans. Deux plates-formes satellites, Sky Perfect et BS, se partagent environ 15 millions d'abonnés et l'arrivée de la TV numérique à services interactifs promet de tout chambouler. Une seule parabole permettra bientôt de recevoir une centaine de programmes. D'où la recrudescence des chaînes thématiques. Un phénomène qui ne garantit cependant pas un accès plus important aux programmes étrangers. «Les nouvelles chaînes s'ouvrent sur l'extérieur quand elles démarrent, explique Chikako Shibue, acheteur de programmes pour Lala TV, une chaîne féminine. Mais si le succès est au rendez-vous, elles préfèrent investir dans la production locale». Bref, le marché TV japonais reste assez hermétique: «Ils attendent surtout de la France certaines productions haut de gamme et la couverture de grands événements sportifs ou culturels», confie Thomas Kornfeld de Canal Plus, venu proposer Canal Festival, qui couvrira les festivals de Cannes et de Deauville. Avec heureusement quelques exceptions. Ainsi, une TV nipponne a acheté à TF1 international un portrait du leader Khmer rouge Pol Pot. Une autre s'apprête à coproduire un film sur les vins. Des discussions ont aussi lieu pour retransmettre au Japon les matchs de foot de la division 1 française. Mais la crise économique pèse sur les budgets. Tandis que la barrière linguistique et les différences d'approche des sujets demeurent: «Le téléspectateur japonais n'est pas très éclectique. Pour lui, la France rime avec mode, cuisine et romance», rappelle Hiroko Shimotomai. Après le succès de Maigret, celle-ci espère vendre dans l'Archipel les aventures d'un autre héros «français»: celles du gentleman cambrioleur Arsène Lupin.