Cela fait des années que l'on parle de sa prochaine disparition et pourtant elle est toujours là. Faute d'un remplaçant vraiment standardisé, la vénérable disquette informatique de 3,5 pouces et ses 1,44 Mo de mémoire survivent tant bien que mal au développement croissant des performances informatiques et au «poids» de plus en plus important des différents fichiers qui se trouvent dans nos ordinateurs: si, il y a quelques mois encore, les fichiers de plus d'un million d'octets (1Mo) étaient encore peu courants, aujourd'hui, ils prolifèrent. Et ce n'est pas fini. Avec un ordinateur, on ne gère plus seulement du texte, mais de plus en plus de sons et d'images, beaucoup plus gourmands en octets.

Dans cette mouvance, les dirigeants d'Apple, en lançant l'an dernier leur fameux iMac, avaient décidé de pas l'équiper d'un lecteur de disquettes, estimant superflu cet accessoire pour une machine surtout destinée à toutes ces nouvelles applications multimédias et leurs millions d'octets. L'iMac étant par principe connecté à Internet, les transferts de fichiers n'avaient donc pas besoin d'un support amovible et encore moins de cette misérable disquette. Mais le marché n'est décidément pas encore mûr pour faire le deuil de sa chère disquette et l'absence d'un tel équipement sur l'iMac fait toujours figure de point faible. Et le périphérique aujourd'hui le plus vendu pour cette machine est le lecteur SuperDisk LS 120 d'Imation, dont le design s'accorde fort bien au bleu translucide du bébé de Steve Jobs. Principale qualité: il lit à la fois les bonnes vieilles disquettes et les SuperDisk de 120 Mo.

Le traditionnel support de 3,5 pouces a déjà des remplaçants. Leur problème réside dans leur diversité et dans le fait qu'ils soient incompatibles entre eux. Certains – comme le SuperDisk ou le HiFD de Sony – ont au moins l'avantage de pouvoir lire la disquette traditionnelle. Mais ce sont des exceptions. Et le principal fabricant de «périphériques de stockage amovible» (la dénomination techno d'un lecteur de disquettes), l'américain Iomega, qui détient 80% du marché avec ses appareils Zip, Jaz et le tout nouveau Clik, produit des formats entièrement propriétaires.

On a un moment pensé que le format Zip (100 Mo) pourrait devenir un standard, surtout quand le principal concurrent de Iomega, Syquest, a dû baisser pavillon l'an dernier à la suite d'une faillite. Clik pour sa part, qui vient d'arriver sur le marché européen avec ses 40 Mo, paraît très séduisant: le disque est minuscule (5,5 cm sur 5; 1,5 mm d'épaisseur) et son lecteur carte pour PC s'installe dans l'emplacement PCMCIA d'un ordinateur portable. Le Clik affiche clairement ses ambitions pour les nouvelles applications multimédias: outre les ordinateurs portables, Iomega vise également les marchés du son et de la photo. Le groupe a ainsi déjà signé des accords avec des fabricants de baladeurs MP3 (le format musical à la mode sur le Net) et d'appareils photos pour qu'ils intègrent un lecteur Clik.

Il est clair qu'aujourd'hui, Iomega n'a plus vraiment de concurrent sur le marché du stockage amovible: Imation, malgré son SuperDisk, ne décolle pas vraiment et les nouveaux venus comme Sony arrivent un peu tard. Et avec le Clik, Iomega pénètre sur les marchés en plein développement du son et de l'image. Mais le danger vient d'ailleurs. Chaque produit Iomega affronte en effet une autre technologie mûre et dont les prix sont en baisse. Ainsi, le Clik vient chasser sur le terrain des mémoires Flash. Actuellement, le prix de ces dernières est assez élevé (elles sont environ dix fois plus chères que le Clik) mais on annonce des baisses spectaculaires. Sans oublier que leurs performances (en particulier en ce qui concerne la rapidité d'accès) sont plus élevées.

En face du Zip (qui existe désormais en versions 100 Mo et 250 Mo), on voit de plus en plus apparaître les CD enregistrables dont le coût est dérisoire et dont les capacités sont énormes (650 Mo). Et les DVD-R (5,2 Go) pointent le bout de leur nez. Iomega suit ce nouveau secteur avec intérêt puisqu'il vient d'annoncer le lancement d'un graveur CD baptisé ZipCD. Reste à savoir si cette réplique ne vient pas trop tard. Enfin, le Jaz (jusqu'à 2 Go) est confronté à la concurrence des disques durs amovibles. Et l'on n'oubliera pas d'évoquer le nouveau petit bébé d'IBM, le MicroDrive, un disque dur de 340 Mo d'une taille minuscule puisqu'il tient sur 5 cm2, soit une pièce de 2 francs.

On le voit, la fameuse disquette de 1,44 Mo a beau faire pâle figure avec sa faible capacité, elle a au moins le mérite de la standardisation face à ses multiples concurrents. Elle semble donc avoir encore quelques beaux jours devant elle.