La ville de Manchester s'est mise en quête du «dollar rose» en lançant aux Etats-Unis et en Allemagne une campagne de publicité destinée à attirer les visiteurs homosexuels. A base d'affiches montrant des femmes s'embrassant et des hommes bardés de cuir qui seront diffusées sur Internet et dans la presse spécialisée, la deuxième ville du Royaume-Uni entend promouvoir à l'étranger son image de «capitale gay».

Les firmes de relations publiques ont établi depuis longtemps que les gays étaient des touristes idéaux, qui voyagent beaucoup et dépensent largement. «C'est une niche précieuse et il était économiquement sensé de l'exploiter, explique-t-on à Manchester Marketing, qui organise la campagne. Nous avons un produit gay hautement commercialisable.» Mais l'idée ne plaît pas à tout le monde. La Manchester Civic Society, qui milite pour la défense du patrimoine, estime qu'il s'agit d'une «stratégie à haut risque qui pourrait aliéner d'autres visiteurs».

D'ores et déjà, la ville fait largement sa promotion sur ce thème. Le site Internet de Manchester comporte une page «Gays et lesbiennes» richement pourvue, qui recense les bars, restaurants et hôtels selon des caractéristiques telles que: «femmes seulement», «hétérosexuels admis», «hommes en cuir seulement» ou «fréquenté par l'intelligentsia gay». Il existe aussi des taxis gays ou des magasins qui font aussi hôtel avec sauna. Avec ses deux festivals gays, Queer up North (Folles nordiques) et Mardi Gras, la ville attire déjà plusieurs milliers de touristes autour de manifestations de «la culture gay contemporaine».

Le petit monde gay de Manchester dispose d'une abondante presse, d'une émission sur la station radio locale de la BBC, de sociétés gays rattachées aux syndicats d'étudiants et surtout, d'un Village, centré sur l'artère de Canal Street, que la communauté locale s'est amusée à rebaptiser en supprimant le «C». Dans l'intérêt bien compris de la ville, la municipalité vient de consacrer 250 000 livres sterling au développement de ce Village, qui a vu les prix de ses baux commerciaux monter en flèche.