Ethnologue, sociologue, Elisabeth Azoulay, connue du grand public grâce à son ouvrage encyclopédique consacré à 100 000 ans de beauté qu’elle a codirigé, en 2009, maîtrise parfaitement ce sujet. D’autant plus qu’elle vient de mener un travail sur la beauté humaine dans le monde. Son regard sur le recours à la médecine n’est pas très rassurant. «Il faut s’attendre, dans les années qui viennent, à ce qu’un petit pourcentage de gens adoptent un comportement déréglé. Les techniques sont de plus en plus nombreuses, les professionnels ont besoin de les vendre. Il y a le relais de la presse, l’influence de personnes qui sont passées à l’acte. On assiste à la promotion du fake: prothèses mammaires, faux cils, lentilles colorées, maquillage permanent… Ajouté à cela sa propre boussole intérieure qui influence le passage à l’acte.

Un chirurgien me confiait récemment que ce qui concerne le nez est souvent lié au rapport au père avec l’idée qu’on ne veut pas lui ressembler. Même quand elles entretiennent avec leur mère d’excellentes relations, nombreuses sont les filles qui ne désirent pas vieillir comme elle. Quand on ressemble à ses parents, il est évident que le vieillissement parental fait office de simulation de ce qu’on sera plus tard. On n’est pas tant dans le rejet de ses parents que dans la peur de son propre vieillissement.

Cette angoisse, la sociologue l’explique aussi par l’allongement de la durée de vie, et par une volonté de ne renoncer à rien. «L’âge de la retraite recule. Les couples se font et se défont aisément. Une histoire qui débute tardivement crée l’envie de rester séduisante. Les hommes n’échappent pas au phénomène. Il suffit de voir le nouveau succès de la coloration capillaire. Ce que l’enquête révèle aussi, c’est qu’une femme qui ne s’aime pas ne veut pas, pour autant, ressembler à un people. Elle ne vient plus avec une image modèle, mais avec une illustration-repoussoir. Je ne veux, surtout pas, lui ressembler.»

Interrogée sur l’éventuelle internationalisation des canons de beauté elle est catégorique: même si les Asiatiques ont longtemps été tentées par des critères européens, elles ont leurs propres idéaux. Ainsi de leur nez qu’elles trouvent trop petit et sans relief. Ou la quête d’un teint pur, de lèvres charnues. Alors qu’en Chine, où le fait de se maquiller fut longtemps puni par la loi, l’identification à un monde occidental est de moins en moins vraie. Consciente de sa puissance, la Chine, qui évoque sa renaissance, va de plus en plus imaginer ses propres modèles.