Le groupe Hachette Filipacchi Médias (HFM, groupe Lagardère), éditeur de l'hebdomadaire Elle, s'est finalement introduit jeudi à hauteur de 42% dans le groupe Marie-Claire Album SA, éditeur de quarante titres dans le monde dont le mensuel Marie-Claire qui compte 23 éditions internationales. La fin d'une saga à rebondissements qui dure depuis l'été et une opération menée de main de maître par le PDG de Marie-Claire, Evelyne Prouvost Berry, qui jusqu'en décembre dernier était majoritaire dans le groupe avec sa sœur Marie-Laure et leur demi-sœur Donatienne. Les héritières de Jean Prouvost, fondateur de Marie-Claire, se partageaient alors 51% du groupe.

Intérêt de longue date

L'été dernier donc, Donatienne se voit proposer 595 millions de francs français pour ses 17% par Gérald de Roquemaurel, PDG de HFM. L'intérêt du leader mondial de la presse magazine pour Marie-Claire ne date pas d'hier, qui, déjà en 1976, avait failli racheter les féminins que Jean Prouvost, perclus de dettes, se voyait alors contraindre de vendre. Déjà, Evelyne Prouvost Berry avait permis au groupe d'esquiver l'attaque en convaincant François Dalle, patron de L'Oréal, d'entrer à hauteur de 49% dans le capital du groupe de presse. L'homme avait accepté «pour venir en aide à la petite-fille de son ami Jean Prouvost».

L'Oréal se retire

Le 13 décembre dernier, afin de mettre une nouvelle fois HFM en échec, Evelyne Prouvost Berry emprunte de l'argent et fait valoir son droit de préemption sur les 17% de Donatienne, pour se retrouver à la tête du groupe avec sa sœur Marie-Laure. Mais, nouveau rebondissement, L'Oréal fait savoir qu'il n'a pas l'intention de devenir «un acteur stratégique dans la presse magazine». D'autant qu'en se retirant, le géant des cosmétiques peut réaliser une belle plus-value: entré en 1977 pour neuf millions de francs français, sa participation vaut aujourd'hui 1,7 milliard de francs. Evelyne ne peut, seule, racheter les 49% de L'Oréal et, si des groupes tels l'américain Hearst ou l'allemand Burda sont intéressés, il est impossible à un groupe étranger de détenir plus de 20% d'un titre français.

Finalement, Evelyne convainc L'Oréal de lui céder ses 49%, emprunte de l'argent, demande à son mari, l'homme d'affaires Nicholas Berry, et à sa sœur de mettre du cash, regroupe le tout dans une nouvelle holding familiale (Laureve, pour Laure et Evelyne) dans laquelle elle est majoritaire avec son mari. Elle se retrouve ainsi détentrice de 58% du capital de Marie-Claire, cédant les 42% restant à HFM. Evelyne Prouvost Berry y trouve finalement son compte en ce que le groupe dirigé par Gérald de Roquemaurel représente une locomotive idéale pour permettre le développement de Marie-Claire à l'étranger. De son côté, HFM bloque l'arrivée en France de groupes étrangers avec lesquels il est déjà en concurrence au niveau international. Reste que l'alliance des deux plus grands groupes féminins mondiaux crée un ensemble qui pourrait bien attirer l'attention des autorités de la concurrence.