D'habitude, elle virevolte dans le ciel comme un essaim de papillons anesthésiés par le froid. D'habitude, elle s'écrase silencieusement sur nos cols de manteau avant de disparaître dans un sourire. D'habitude, elle donne aux nuits de Noël le goût des enfances prolongées. Mais ces jours-ci, devenue lave glacée et meurtrière, la neige révèle sa cruelle monstruosité: elle tue des innocents; pulvérise des chalets; arrache des pylônes électriques; bombarde les plaines; coupe toute communication entre les victimes de ces assauts imprévisibles et les gens en paix. Les mots évoqués relèvent du lexique de guerre?

Oui, et les images diffusées hier lors du journal régional de la TSR, puis du TJ, ne faisaient que renforcer cette sensation: hélicoptères en patrouille, scènes de désolation et d'évacuations précipitées, témoignages de survivants bleuis par la peur et reportage sur les soldats ayant quitté le Tessin pour «une mission humanitaire en Valais».

Le langage, aussi, était celui du reporter de guerre. Romaine Jean disait qu'«une avalanche menace d'exploser toutes les 20 minutes», alors que Didier Pradervand ne cessait de répéter «en direct du front des avalanches» entre chaque reportage de correspondants.

La neige met la Suisse en état de guerre blanche, la seule qui gèle les sangs au lieu de le faire couler.