«Moi je viens d’un pays chaud, moi je suis bien dans ma peau, tout comme un poisson dans l’eau, sa-cré Ma-ri-us!» On peut en sourire, n’empêche que cette chansonnette aux influences antillaises, sortie en 1978 – peut-être pour adoucir l’élimination française au premier tour du Mondial argentin –, fut «le» tube des soirées estivales de l’année.

Sacré Marius, oui! Jamais en mal d’un coup médiatique, ce Trésor né en Guadeloupe en janvier 1950, débarqué en Championnat de France à 19 ans avec l’étiquette d’avant-centre prolifique. Mais à l’AC Ajaccio, l’entraîneur Alberto Muro en fait derechef un défenseur aux qualités techniques hors norme. Ainsi Marius Trésor deviendra-t-il, au même titre qu’un Franz Beckenbauer, un Carlos Alberto, un Giacinto Facchetti, un Matthias Sammer ou un Laurent Blanc, l’un de ces rarissimes artistes des lignes arrière. «Je dois beaucoup à M. Muro qui m’a déplacé», dira-t-il au magazine de la FIFA.

Ejectés prématurément d’Argentine, les Bleus termineront 4es de l’édition 1982 en Espagne (après avoir battu l’Autriche dans leur groupe; notre photo). «Il y eut dans le groupe un sentiment de révolte, qui nous a permis de réussir le parcours que l’on sait», constate le célèbre défenseur. Parcours interrompu en demi-finale par la RFA aux tirs au but (3-3 après prolongation après que la France eut mené 3-1 grâce, notamment, à une volée magistrale de Marius Trésor, monté sur un coup franc d’Alain Giresse). «Nous avons eu ce mauvais réflexe très français de vouloir continuer à faire le jeu», commentera le Guadeloupéen.

A 34 ans, à la suite de deux opérations au dos, Trésor s’arrête. Il s’improvise attaché commercial (trois mois…), puis le président d’un de ses anciens clubs, Claude Bez des Girondins de Bordeaux, lui tend la main. Marius y occupe les fonctions successives de responsable des relations publiques, entraîneur des minimes, des 15 ans, superviseur, attaché de presse, enfin coach de la 2e équipe avec son ami Patrick Battiston. «Là, ça suffit! J’ai assez vu de postes différents», sourit-il. Sacré Marius!