Après une longue réunion de crise lundi, la direction d'Edipresse se sépare de Daniel Pillard, 46 ans, qui quittera dans quelques jours la rédaction en chef du Matin et le groupe lui-même. L'autre nouvelle annoncée à la rédaction hier est que Théo Bouchat, directeur des publications suisses, prendra sa succession par intérim avec un triple mandat: assurer le passage à une nouvelle formule graphique (demi-format), qui sera retardée de «plusieurs semaines» par rapport à la date du 8 mai fixée jusqu'ici; chercher un nouveau rédacteur en chef; ramener le calme après la tempête.

Celle-ci (Le Temps du 12 mars) est due à des «divergences aiguës opposant différents groupes de rédacteurs à propos notamment de l'organisation de la rédaction et de la politique du personnel menée par Daniel Pillard», précise le communiqué officiel. «Une certaine confusion des responsabilités au niveau directorial a alourdi encore le climat», ajoute ce texte, qui rend hommage aux «mérites professionnels, à l'esprit novateur et au dynamisme» de Daniel Pillard.

Mardi après-midi, la rédaction digérait la nouvelle entre attentisme et colère. Un journaliste se dit «atterré par ce gâchis invraisemblable. La direction du groupe se plaint de manquer de cadres, ce n'est pas ça qui va les attirer.» Un véritable signe indien semble planer sur la hiérarchie suisse d'un groupe qui a engrangé par ailleurs des succès flatteurs à l'étranger. C'est ainsi qu'au début des années 90, Daniel Pillard, déjà, quittait de son plein gré le poste de rédacteur en chef adjoint de 24 heures, autre titre d'Edipresse, parce qu'il ne se sentait pas soutenu dans ses efforts de rénovation du quotidien.

Crise ouverte en novembre

Arrivé au Matin il y a quinze mois avec la tâche de dynamiser le titre, il y a affronté successivement un vote de défiance et une première crise ouverte en novembre dernier. Après celle-ci, la direction du groupe l'a reconduit dans ses fonctions à deux conditions: rétablir le calme avant la nouvelle formule et ne licencier personne avant dix mois.

Ces conditions se sont sues. «A partir de là, ceux qui voulaient ma peau savaient qu'ils pouvaient agir en toute impunité», constate froidement Daniel Pillard. En privé, la direction reconnaît qu'elle n'a pas été très habile.

L'intérim de Théo Bouchat et la confirmation de la nouvelle formule rassurent en partie ceux qui tiennent à une évolution du titre, dont les prochains chiffres signaleront une légère progression du tirage l'an dernier.