En matière d’alopécie, l’égalité homme-femme est loin d’être atteinte, ce qui n’est pas pour déplaire à la gente féminine. Or si la supériorité numérique des hommes chauves est incontestable, il existe des femmes durement touchées. Elles seraient même de plus en plus nombreuses à en souffrir. Un mal qui s’attaque à l’image de soi, mais de façon peut-être plus douloureuse chez les patientes puisqu’il touche directement un des symboles de la féminité, la chevelure.

«Il est absolument normal d’avoir une perte quotidienne comprise entre 30 et 100 cheveux, avec une augmentation possible aux changements de saison», explique le docteur Marco Cerrano, spécialiste en médecine esthétique à Laclinic à Montreux. La chute est considérée comme pathologique lorsque l’individu en perd plus de 100 par jour sur une période de deux mois et plus. Une fois l’anormalité de la chute identifiée, il faut en déterminer la cause. Ce qui peut souvent – et sans jeu de mots – devenir un ­casse-tête. «Il existe une foule de causes possibles, commente Maral Sahil, médecin et cheffe de clinique en dermatologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), et suivant la cause le traitement peut être difficile.»

S’il est ardu de compter quotidiennement ses pertes capillaires, certains signes ne trompent pas. Lorsque la brosse se couvre rapidement de cheveux ou qu’on en observe régulièrement sur le sol de la salle de bains, dans l’évier et la baignoire ainsi que sur les vêtements.

«Lorsqu’une patiente vient me consulter, je commence par examiner le cuir chevelu, pour m’assurer qu’il n’y a pas de maladie qui pourrait causer la chute. J’inspecte tout le scalp, je regarde la densité des cheveux, je les tire pour voir si une quantité anormale se détache.» Un examen souvent complété par un bilan sanguin visant à s’assurer qu’il n’y a ni carences ni problèmes thyroïdiens. Dans certains cas, d’autres analyses doivent être réalisées pour déterminer la cause de la chute, comme des recherches hormonales ou gynécologiques. Une enquête au long cours qui peut durer des mois…

En dermatologie, on distingue chez la femme plusieurs types d’alopécie. «La première et la plus courante, l’effluvium télogène, consiste en une perte diffuse et représente en moyenne 90% des consultations, développe Maral Sahil. Cette chute est réversible.» Elle intervient le plus souvent en raison de carences (fer, zinc, vitamines), après une grossesse, lors de la prise de certains médicaments, suite à une opération ou une infection. Là encore, les causes sont nombreuses, mais il suffit souvent de rééquilibrer la nutrition et de prendre des compléments (comme la biotine ou du fer).

«Un autre type d’alopécie courante est celle dite androgénétique», ajoute le médecin. Similaire à celle qui touche les hommes, elle affecte en moyenne 35% des femmes. «Et malheureusement, pour cette catégorie-là, les cheveux tombés ne repoussent pas. Le médicament généralement prescrit en Suisse pour ce type d’alopécie féminine est le Minoxidil, une lotion qu’il faut appliquer quotidiennement sur le cuir chevelu. Il met quatre mois à agir et peut augmenter temporairement la chute au début du traitement.» Un traitement qu’il ne faut de préférence pas arrêter au risque que la chute reprenne.

Autre variante: la pelade. «C’est une maladie auto-immune: les globules blancs du patient se trompent de cible, s’attaquent à ses propres cheveux ce qui provoque des zones complètement dégarnies, simplifie Maral Sahil. Des crèmes ou des injections de cortisone suffisent en général pour activer la repousse.»

Un autre type d’alopécie, celle de traction. Typique des Africaines qui se font des tresses, mais qu’on observe à présent aussi chez les femmes qui abusent des extensions capillaires ou des perruques tissées à même la chevelure. A force d’appliquer une forte tension sur le cuir chevelu, les cheveux se raréfient puis la repousse cesse.

Comment faire lorsqu’on subit le traumatisme de l’amoindrissement de sa chevelure? S’accepter comme on est? Plus facile à dire qu’à mettre en pratique. «Il est en effet difficile pour une femme dans notre société de perdre ses cheveux», admet Maral Sahil. Quelques solutions existent néanmoins. Par exemple les greffes de cheveux, pour autant que le follicule pileux ne soit pas atrophié. «La chirurgie de la calvitie a fait des progrès remarquables ces dernières années, l’aspect final est beaucoup plus naturel qu’auparavant, note Marco Cerrano de Laclinic. Aujourd’hui, les micro-greffes – prélèvement des cheveux dans la région de la couronne, pour les transposer dans les régions du front et de la tonsure – représentent 80% de ces traitements.»

Mais ce ne sont pas les seuls traitements qui fonctionnent. «On propose également les injections de PRP (plasma riche en plaquettes), une procédure qui commence par un prélèvement sanguin. Le sang recueilli est centrifugé afin d’en extraire le plasma concentré en plaquettes puis réinjecté à l’aide d’une fine aiguille dans les zones à soigner. Le traitement dure de 40 à 80 minutes en fonction des zones prises en compte.» L’idée étant qu’en centrifugeant le sang du patient on ­obtient une sorte de super-substance ultra-concentrée qui permet de booster par réinjection les endroits atteints.

Des traitements «très chers en Suisse et qui ne sont pas repris par l’assurance», met en garde Maral Sahil, les prix variant d’un établissement à un autre et selon l’étendue des zones à traiter. Entre la chirurgie coûteuse, le complexe à assumer au quotidien et la perruque, il existe encore une autre solution qui vient en aide aux femmes atteintes d’alopécie. Une technique en trompe-l’œil qui consiste à se faire tatouer des points noirs, comme de la repousse de cheveux, aux endroits chauves. A Genève, le centre Dermès propose ce type de maquillage d’une durée de vie de 12 à 18 mois, pour des tarifs de 850 à 6000 francs en fonction de la surface à remplir. Bien que les hommes soient les premiers clients de ce type de traitement, les femmes y trouvent aussi leur compte: en maquillant leur cuir chevelu aux endroits les plus disséminés, elles peuvent entretenir l’illusion d’une chevelure fournie à la racine. Et recouvrer en partie l’estime de soi.

établir la cause de la chute peut durer des mois