Hasni Abidi, directeur du centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, estime que les événements du jour sonnent la fin du processus juridique et le début des négociations politiques entre Berne et Tripoli.

Le Temps: Comment interprétez-vous la stratégie libyenne de libérer Rachid Hamdani en gardant Max Göldi?

Hasni Abidi: Pour les Libyens, Max Göldi «pèse» beaucoup plus lourd que Rachid Hamdani. Il est le maillon faible de la Suisse, en quelque sorte. En effet, contrairement à Rachid Hamdani, qui a un passeport tunisien, Max Göldi n’est pas double national. De plus, il travaille pour ABB, qui a des projets énormes, et est très demandeuse en Libye. Enfin, les négociations ne sont pas terminées, raison pour laquelle les Libyens le gardent à Tripoli.

– Que peut-il se passer maintenant?

– Les événements d’aujourd’hui marquent la fin du processus judiciaire et le début des négociations politiques, ce qui est le plus difficile à gérer. Tout dépendra des négociations.

– Dans la lente partie d’échecs entre Berne et Tripoli, qui marque des points aujourd’hui?

– C’est time break. On recommence les négociations. Le message des Libyens consistait à montrer aux Suisses que la justice libyenne est indépendante, aussi indépendante que la justice genevoise… Ensuite, une demande de grâce revient à demander pardon au colonel Kadhafi.

– La décision suisse de bloquer les visas s’est-elle révélée judicieuse?

– Ce tour de force a en tout cas fait réagir les Libyens.