succès populiste

Le MCG, portrait de famille

Qui sont les dix-sept élus du Mouvement Citoyens genevois? D’où viennent-ils? Leurs expériences, leurs convictions, leurs ambitions

Ils sont nombreux à avoir vainement tenté leur chance ailleurs, dans des partis traditionnels. Mal accueillis ou désillusionnés, parfois aigris par un parcours de vie chaotique, ils ont finalement décidé de s’engager au sein du Mouvement Citoyens genevois (MCG). Elus dimanche, les 17 députés au Grand Conseil du parti populiste, qui fustige les frontaliers comme l’unique cause, ou presque, des maux de Genève, devront passer du discours aux actes pendant quatre ans. Des accusations aux solutions.

Mais qui sont ces politiciens qui composent la désormais deuxième force du parlement cantonal? Quelles sont leurs convictions en tant que membres d’un mouvement que l’on compare à Vigilance et qui se dit «ni de droite ni de gauche»?

Ils ont un point commun: la lutte pour la préférence genevoise en matière d’emploi. Tous dénoncent un système et surtout un Etat qui ne joue pas son rôle social. Chacun cite le cas d’un ami qui a perdu son emploi au profit d’un Français. Ils se disent révoltés par la situation des jeunes qui, formation en poche, ne trouvent pas de travail. Ou des seniors laissés sur le carreau. «Ça me fait dresser les poils», s’emporte Roger Golay, chef de groupe du MCG fraîchement réélu. Ils redoutent l’invasion frontalière: «Un jour, on devra accorder le droit de vote aux Français», assure Henri Rappaz, député également réélu. Et apprécient leur liberté de ton: «Le MCG n’a pas d’idéologie politique, je n’ai pas de comptes à rendre», affirme Roger Golay. «Comme dans la cour de récréation, celui qui crie et tape le plus fort sera écouté de tous. La politique, cela ne se fait pas dans la dentelle», renchérit Henri Rappaz.

Au cœur du système, un homme: Eric Stauffer, 45 ans, président du MCG et cofondateur du mouvement en 2005, avec feu Georges Letellier. A l’origine baptisée «Mouvement blochérien genevois», la formation née d’une dissidence de l’UDC a vite trouvé son terrain de jeu: le mécontentement des citoyens. Son bouc émissaire: le frontalier. Et son ton: provocateur, voire indécent. Lui-même ex-élu libéral de la commune d’Onex, puis recalé à l’UDC qui a refusé de l’inscrire sur sa liste de candidats au Grand Conseil il y a quatre ans, Eric Stauffer a rebondi: en 2005, il parvenait à rafler neuf sièges au Grand Conseil. Et huit de plus dimanche passé. Sa performance personnelle est à la hauteur de la victoire écrasante du parti: il est le sixième élu du canton.

Jusqu’à présent, le bruyant et très médiatique leader du MCG prenait toute la place. Candidat au Conseil d’Etat, il doit désormais partager l’affiche avec un autre prétendant au siège gouvernemental, l’avocat Mauro Poggia (lire ci-dessous). Eric Stauffer devra également jouer les chefs d’orchestre avec des députés aux profils très divers, parmi lesquels ne siègent que deux femmes, mais plus d’un quart de policiers, lutte contre l’insécurité oblige.

Le plus célèbre des cinq gendarmes élus du MCG (dont l’un, André Python, est retraité), c’est Thierry Cerutti, maire d’Onex. Lors de sa première élection dans la commune, il avait été poursuivi pour fraude électorale, avant que la procédure ne soit classée. Maréchal de gendarmerie, Roger Golay analyse le succès du parti auprès de sa corporation: «Le MCG a été le premier à intervenir sur le thème de la criminalité, en étant présent aux Pâquis, en réclamant un centre de détention administrative et en dénonçant les agressions de touristes sur les quais.» Se défendant de mélanger ses intérêts professionnels et politiques, cet ex-membre de Vigilance avait fait un saut chez les radicaux de Lancy qui l’avaient «mal accueilli». Sandro Pistis, 37 ans, gendarme au poste de la gare de Cornavin, novice en politique et surpris de son élection, veut relayer «la rogne» des Genevois.

Egalement stupéfait d’avoir été désigné, Florian Gander, 31 ans, s’est engagé pour garantir la priorité de l’emploi aux Genevois. D’emblée, ce chômeur confie que son adhésion au MCG tient «à mon vécu». Il a lui-même été frontalier, mais de l’autre côté. L’expérience fut désastreuse: «Avec ma femme, nous avons habité un an dans l’Ain et deux ans en Haute-Savoie. Nous avions gardé nos plaques genevoises, et je peux vous dire que la xénophobie, on connaît. Personne ne nous disait bonjour, nos pneus étaient sans cesse crevés, on nous accusait d’avoir causé la hausse des loyers français.» De retour en Suisse – «On avait besoin de se sentir chez nous» – les époux Gander, lui informaticien et elle dans l’horlogerie, se retrouvent sans emploi. «On s’est heurté à la concurrence des frontaliers», explique le nouvel élu. Alors le MCG, c’était une évidence. D’autres témoignages, dans les rangs du MCG, lui font écho.

Il y a aussi les déçus des partis traditionnels, comme Jean-François Girardet, ancien élu municipal PDC de la commune de Meyrin. Après avoir claqué la porte de son parti, qui refusait sa candidature à l’exécutif communal, cet instituteur de 56 ans a d’abord créé un parti indépendant. Puis, après avoir «essayé» les libéraux et l’UDC, il se laisse convaincre par le MCG. C’est aussi le cas de Marie-Thérèse Engelberts, candidate malheureuse du PDC à l’exécutif de la Ville de Genève en 1999. L’ex-directrice de l’école d’infirmières «Le Bon Secours» avait été inculpée de gestion déloyale des intérêts publics avant que la procédure ne soit classée par le Parquet en 2003. Pour son retour sur la scène politique, elle a choisi le MCG «et la proximité avec la population», ce qui lui avait déjà permis d’obtenir un siège à la Constituante. «Ce parti m’a fait confiance.»

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