Pour un peu, ce diable version 2.0 aurait piqué la vedette, ce week-end, au président Obama qui entamait son deuxième mandat. Car il est «de retour aux affaires», clame le Corriere della sera. C’est une «revanche Kim size», aux yeux de Libération. Et Le Figaro le rappelle, «le monde entier avait découvert son visage le 19 janvier 2012, lorsque des policiers néo-zélandais armés, appuyés par des hélicoptères et aiguillés par les renseignements américains, l’[avaient] délogé de sa somptueuse villa des environs d’Auckland».

Eh bien, un an jour pour jour après, le sulfureux Allemand Kim Dotcom a lancé dimanche un nouveau site de partage de fichiers, baptisé Mega, submergé dès les premières heures après un démarrage que le Tages-Anzeiger qualifie de «fulgurant». Selon son grand et gros – mais on ne se moque pas des obèses, c’est une maladie – orchestrateur, en tout cas, se méfie un peu Le Huffington Post.

«Bien dans son style»

Car il ne s’agit de rien moins que «changer le monde», pour ce sympathique mégalomane qui laisse des impressions bizarres au journaliste du New Zealand Herald et dont on peut voir la non moins mégalomaniaque présentation dans les vidéos proposées notamment sur le site du Wall Street Journal. C’est «un retour bien dans son style», estime El País, qui voit une seule chose de petite dans ce show: la longueur des jupes des filles qui agrémentent cet horrible spectacle lancé en forme de défi aux Etats-Unis, qui veulent le juger pour avoir amassé une fortune grâce à Megaupload.com.

Mais le buzz médiatique orchestré par Kim Schmitz – c’est son vrai nom, moins glamour, il est vrai – «ne le décharge pas de ses démêlés judiciaires»: il encourt toujours vingt ans de prison. Quoi qu’il en soit, «ce communicant de génie qui voit toujours plus grand» a, selon Le Nouvel Observateur, «plutôt bien réussi son coup. Après tout, sur le fond, ce cher Kim a raison, on n’a jamais mis en cause La Poste pour un colis illégal qui a transité par son réseau de distribution. On connaît le refrain, ce n’est qu’un service et les utilisateurs en font ce qu’ils veulent, et quel dommage, les utilisateurs l’ont utilisé à des fins de piratage de copyright.»

La «Mega-Provokation»

De fait, «Mega est un véritable pied de nez à la justice et aux ayants droit américains qui l’accusent toujours de piratage, selon France Info. A 39 ans, la star de l’underground fait donc un retour en force.» Sur le Web et sur les réseaux sociaux [Twitter et Facebook, notamment], il n’hésite pas à s’ériger en défenseur de la liberté contre un gouvernement américain qui «tue l’innovation», dit-il, et Hollywood qui est «de mèche avec les politiques». D’ailleurs, dans une interview accordée au Guardian citée par L’Humanité, Dotcom se présente comme «un grand défenseur de la vie privée». Avec une «Mega-Provokation», ajoute le Handelsblatt.

Car l’arrivée au monde de ce nouveau bébé a «fait grand bruit», se moque gentiment La Dernière Heure belge: «On n’avait plus suivi à ce point la naissance d’un enfant depuis Jésus de Nazareth en l’an zéro! D’ailleurs, tel le Messie, Mega a ressuscité. […] Le génie informaticien n’a pas manqué de remercier via une vidéo YouTube Paul Davison, l’avocat qui l’a défendu dans son procès face aux autorités américaines.» Et «le Hulk du Web», une année après la fermeture de son précédent site, a souhaité: «Faisons de cet anniversaire de quelque chose d’horrible, quelque chose de merveilleux», «Dans deux heures, Mega vous fera l’amour». Kim Dotcom a le sens de la formule.»

C’est le moins qu’on puisse dire mais on se demande vraiment si l’on a envie de faire l’amour avec Mega et s’il s’agit d’un viol (de droits d’auteur) qui cache bien son nom.