« Utilisé, sinon voulu par l’ayatollah Khomeiny, le coup de force des étudiants intégristes iraniens qui occupent l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran et gardent en otage une soixantaine d’Américains est largement une opération de politique intérieure, même si elle a de profondes répercussions internationales. Elle a en effet amené la démission du premier ministre Bazargan et de son gouvernement. […]

En fait, on en vient à se demander comment M. Mehdi Bazargan, chef d’un exécutif fantôme, quotidiennement humilié, recevant ordres et contre-ordres de Qom [une des villes saintes du chiisme], a pu tenir aussi longtemps. […] Malgré la faiblesse de ses moyens, il essayait de faire entendre la voix des Iraniens modérés, réalistes, conscients qu’un pays ne se gouverne pas à coups de Coran. […]

Dans les mois de flottement qui ont suivi le départ de l’ex-shah d’Iran, l’ayatollah Khomeiny ne se sentait probablement pas suffisamment fort pour briser ce vestige de légitimité. Il a alors utilisé le gouvernement comme bouc émissaire, en lui reprochant tout ce qui, dans le pays, ne marchait pas droit. […]

Seulement aujourd’hui, [il] se retrouve seul, en première ligne, avec le mystérieux Conseil de la révolution, dont la composition n’est pas connue, avec des partisans fanatiques. […] Il va devoir, en quelque sorte se «recycler» rapidement et comprendre que les méthodes efficaces pour anéantir un régime ou évincer un exécutif sont nuisibles pour conduire un pays.

S’il n’y réussit pas, l’Iran risque de connaître des jours sombres. […]

La méthode Khomeiny risque de toucher, au premier chef, les Etats de la région, qui ont de plus en plus le sentiment que l’Iran veut jouer les gardiens islamiques (chiites) du Golfe. […] Cette inquiétude générale se justifie d’autant plus que les difficultés intérieures iraniennes – surtout les rébellions des minorités – pourraient pousser l’ayatollah Khomeiny à lancer des croisades au-delà de ses frontières.

Il ne reste dès lors plus qu’à compter sur deux facteurs. Le premier, l’usure du pouvoir, qui, fatalement, guette les chefs, si prestigieux soient-ils. Le second, l’expérience: les auteurs de révolution, après un temps, sont contraints presque mécaniquement de laisser leur place à des gestionnaires moins inspirants, mais plus réalistes. »