Sur les réseaux

Ma pauvre Cécile, je n’aurai jamais soixante-treize ans

Michel Drucker a annoncé que Michel Delpech était en fin de vie, tout en faisant la promo de son one-man-show. Le Web se souvient avec émotion

«Voici la fin de mon chemin sur terre/Je suis à toi, accueille-moi, mon père/Voici mon âme, séchez vos larmes, mes frères» […]. «Adieu la vie mais je bénis ma chance/La vérité, l’éternité commence»…

Dans son dernier clip, mis en ligne sur Internet en septembre 2014, Michel Delpech a la voix douce, posée, cuivrée, celle qu’il rêvait de reconquérir après qu’on lui eut détecté en février 2013 un cancer de la langue et de la gorge. «La fin du chemin», chanson extraite du conte musical pour enfants Dolly Bibble, résonne comme un adieu serein après les déclarations de Michel Drucker, dimanche, à propos de l’état de santé du chanteur de «Chez Laurette».

Dans une vidéo mise en ligne par Le Parisien, l’animateur raconte que son ami, 69 ans, est en fin de vie, hospitalisé pour une grave récidive, lui qui pensait avoir vaincu son mal: «Il s’éteint doucement. […] Il a demandé aux médecins: «Dites-moi la vérité en face». Il voulait savoir: «J’en ai pour combien de temps?» et les médecins lui ont dit: «Vous ne serez plus là en septembre.»

Et que fait Michel Delpech après avoir entendu le verdict? «Il m’a dit une chose extraordinaire: je ne serai plus là en septembre, alors fais-moi ton one-man-show. Et je le lui ai fait dans sa chambre en tenant la perfusion», détaille l’animateur. Peut-on rêver meil­leure promotion pour son spectacle annoncé en janvier 2016? Les jours suivants, Michel Drucker, sur différentes radios, répétait ce qu’il avait dit à Aix, ajoutant qu’il avait aussi été l’ami d’un autre homme courageux dans la maladie, Jacques Brel.

Même si sa conduite a été dictée par Michel Delpech lui-même («Parle de moi, parle de moi sur scène, parle de moi dans tes livres, dis que j’ai été courageux»), le comportement de Michel Drucker apparaît aux yeux de nombreux internautes comme opportuniste, une sorte de tartuffe qui tirerait sa vertu du malheur des autres. Passons sur le groupe Facebook «Dégage Michel Drucker» qui le traite de fossoyeur de la chanson française. L’éditeur Baptiste Vignol n’est pas tendre non plus dans sa tribune du Nouvel Obs : «Pas une interview sans qu’il évoque un souvenir qui le concerne, une anecdote qui le mette en valeur, une confession qu’il aurait recueillie. A l’écouter, il serait le confident des plus grands, celui dont ils voudraient tous tenir la main quand l’heure fatidique s’approche…»

Même agacement de la part de Pauline Delpech, la belle-fille, qui a demandé qu’on cesse de parler publiquement de la santé de celui qui l’a élevée comme sa fille. Elle a tweeté un sobre «Chut».

Le «repose en paix» est devenu une pratique courante sur les réseaux sociaux. Mais là, que faire? Que dire? Certains, lisant mal le communiqué de l’AFP, ont présenté leurs condoléances, comme David Hallyday qui a rapidement retiré son tweet. D’autres, comme Christine Boutin, ont rappelé le chemin spirituel de Michel Delpech qui avait trouvé la foi et s’en expliquait dans son autobiographie, J’ai osé Dieu. Il est aussi l’auteur de La jeunesse passe trop lentement et de Vivre! qui racontait son combat contre la maladie.

Alors que faire? Les réseaux sociaux ont réagi comme Michel Delpech l’a probablement souhaité en faisant de Drucker son messager: maintenir le contact avec son public, être réchauffé par lui, partir en se sentant aimé. La twittosphère a envoyé de nombreux messages, de soutien, d’amitié, de gratitude, à celui dont les tubes ont été la bande-son de toute une génération. Chroniqueur populaire et sensible des changements de la société française, l’auteur de «Que Marianne était jolie» est même devenu la tête de Turc d’Eric Zemmour, qui l’accusait dans Le Suicide français d’avoir féminisé les hommes avec sa chanson «Les Divorcés».

Quant à Facebook, l’heure est au partage des tubes. Dans ce juke-box aléatoire, une chanson revient: «Quand j’étais chanteur». Elle sonne comme une fin de partie, avec cette phrase qui ressemble à une promesse non tenue: «Ma pauvre Cécile, j’ai soixante-treize ans.»