Un électricien possédant 271 œuvres de Picasso fait face à la famille de l’artiste au tribunal

Un couple de retraités est accusé de recel par les héritiers. L’affaire divise la Toile

Il n’y a pas que la justice lilloise qui fait frémir le Web avec l’affaire DSK. A Grasse, dans les Alpes-Maritimes, s’ouvre pour trois jours le procès de Pierre Le Guennec et de sa femme Danielle, accusés de recel de biens provenant d’un vol. Les biens en question? Deux cent septante et une œuvres de Pablo Picasso, datant de 1930 à 1932, dont neuf collages cubistes d’une valeur de 40 millions d’euros, une aquarelle de la période bleue, des gouaches sur papier, une trentaine de lithographies et 97 dessins.

Selon Pierre Le Guennec, anciennement électricien au service de Picasso et devenu son ami, toutes ces œuvres sont des «cadeaux» que lui a offerts le maître en 1971 ou 1972, il ne sait plus très bien. «Picasso avait une confiance absolue en moi», a déclaré au procès le retraité: la phrase a été citée à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux.

Paris Match explique que 26 de ces œuvres ont resurgi en 2010, lorsque Claude Ruiz Picasso, fils du peintre, reçoit une demande d’authentification de la part des Le Guennec, dans le but de les mettre en vente. Alors que la liste des œuvres que possède le couple s’allonge et que d’autres sont découvertes dans son garage, Pierre Le Guennec assure avoir «oublié» qu’elles étaient là.

L’enquête révèle en décembre 2010 que Pierre Le Guennec n’est autre que le neveu de «Nounours», l’ancien chauffeur de Picasso accusé d’avoir dérobé une centaine de ses dessins. L’affaire tourne au vinaigre pour le couple. Pour les héritiers, impossible que le peintre ait donné une quantité aussi importante de ses créations.

Critiques virulentes

Le «clan» Picasso faisait face au couple de retraités mardi au Tribunal correctionnel de Grasse. Les Le Guennec, des innocents traînés dans la boue? C’est bien l’avis de certains. «Picasso n’est pas le seul artiste célèbre à avoir légué avec détachement un fond d’atelier ou une infime partie de ses réalisations de l’époque», réagit un internaute à l’article de Match titré «Picasso: 271 œuvres données à son électricien?»

Certains internautes remettent aussi en question les bonnes intentions de la famille du peintre: «Une riche famille qui n’en a pas assez?» Ou encore: «Quelle preuve pour contredire la version des accusés, à part la cupidité des héritiers? Le peintre a-t-il porté plainte?» La critique est souvent virulente: «C’est amusant ce procès des héritiers #Picasso âpres au gain, de la part de gens ayant vendu le nom à une marque automobile», s’enflamme Lio Venturi (@lioventurini). Des réactions hostiles envers les héritiers sont légion sur la Toile, d’autant, peut-être, que la famille, «désunie» selon Marina Picasso, l’une des petites-filles de l’artiste, a souvent fait parler d’elle auparavant.

Le «clan» agace. Mais jusqu’où la naïveté du couple qui a gardé pendant trente-sept ans des œuvres de Picasso dans son garage est-elle crédible? Sylvaine Dampierre (@madago) cite Paloma Picasso, styliste et fille du peintre: «On ne peut pas être innocent à ce point-là!» Pour un autre internaute, «l’électricien était forcément au courant de la fortune qu’il conservait dans un carton».

D’autres encore ironisent: «J’ai retrouvé qq #Picasso dans mon grenier #Oups Faut dire que mon grand père avait un jour salué l’artiste – Il avait apprécié le geste;)», ricane Arnaud Morand (@arnaudmrnd). Enfin, il y a ceux qui prennent la tangente: «Un petit air de Clint #Eastwood, l’ancien électricien de #Picasso, non?» fait remarquer Remi Brancato (@RemiBrancato), photo à l’appui.

Sosie de Clint ou pas, Pierre Le Guennec a une double image sur le Web: c’est soit un grand naïf, soit un habile manipulateur.