Pour clore cette semaine dédiée à quelques mots évoquant l’année écoulée, il nous faut rendre un modeste hommage. A Alain Bashung qui nous quittait le 14 mars dernier, laissant la chanson francophone un peu orpheline, un peu hagarde. Avec ses paroliers Boris Bergman, puis surtout Jean Fauque, l’interprète d’«Osez Joséphine» a imposé un ton unique, une parole.

Les murénidés constituent une famille de poissons dits «anguilliformes» (ils ont un corps allongé), dépourvus de nageoires abdominales, évoluant donc par ondulations. Il existerait plus de 200 types de murènes, dont la particularité réside dans leurs mâchoires redoutables. Certaines, disent les experts, possèdent une deuxième paire de dents dans l’arrière-gorge, qui s’avance lors de la prise de la proie, pour mieux l’absorber.

«J’ai fait la cour à des murènes/J’ai fait l’amour/J’ai fait le mort/t’étais pas née», chantait Bashung dans «La nuit je mens», sur l’album Fantaisie militaire – son chef-d’œuvre? L’image préfigure un érotisme, disons, relatif. Courtiser ces effroyables créatures des profondeurs relèverait plutôt du cauchemar, le sens réel, peut-être, de ces mensonges nocturnes. Le chanteur et son auteur Jean Fauque poursuivaient: «J’ai dans les bottes/des montagnes de questions/où subsiste encore ton écho». Désormais, c’est l’écho d’Alain Bashung qui subsistera. Mais cette morsure-là ne blessera pas, elle inspirera.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.