Moment fort au creux de l'été, le film que nous a montré hier soir Temps présent remuait l'âme et le cœur. Grâce au temps maussade, Qu'avez-vous vu de Sarajevo?, chronique de guerre et d'après-guerre a été vu, espérons-le, par un public nombreux. C'est un pur chef-d'œuvre. Quoi? La guerre, encore la guerre? Oui, mais la guerre autrement. Depuis novembre 1993, Pierre Barrat, le cinéaste, a en effet filmé chaque jour, pendant trois ans, deux minutes du quotidien d'une rue de la capitale bosniaque. Puis, la paix revenue, il a retrouvé ses habitants, ses survivants, et leur a montré son film en les interrogeant sur leur nouvelle vie. Cette coiffeuse, cette retraitée, ces adolescents, cette mère et son fils fou, cet homme partant au front, tous grandis par l'épreuve, se faisaient à leur manière poètes de leur propre souffrance. On se demandait, en les entendant, si nous-mêmes et les gens qui nous entourent aurions, dans de semblables circonstances, ce stoïcisme, cette grandeur. On peut en être sûr, les gens de Sarajevo ne sont pas tellement différents de nous en temps ordinaire. Est-ce donc que la guerre et la précarité qu'elle génère sont les ferments nécessaires au dépassement de soi, et surtout des groupes? Outre le sursaut de solidarité auquel il nous invitait, le film de Pierre Barrat ouvrait une méditation sur les ressorts de l'homme devant l'épreuve – et sa médiocrité dans l'opulence.