«Droit de cité» est, hors période de consultation populaire, le seul lieu de débat politique de la télévision en Suisse romande. L'édition d'hier dimanche méritait une fois de plus qu'on lui sacrifie une heure de soleil. Au menu, après le choc d'Emmen, la naturalisation – et une nouvelle démonstration de la manière dont les tenants d'une politique ouverte jettent une partie des citoyens dans les bras de l'UDC.

Le municipal «blochérien» zurichois Rolf Siegenthaler, dans un français époustouflant et avec une parfaite urbanité, demandait, exemples à la clé, qu'«on prenne en compte les soucis de la population». A aucun moment un de ses adversaires n'a pris la peine d'analyser la substance de certains d'arguments qui pourtant font mouche. Aux classes d'école à majorité étrangère, aux dégradations de quartiers ghettoïsés, à la question de la criminalité étrangère, idées fixes d'une partie de la population suisse, la partie adverse répondait «en intellectuels», comme l'a fait remarquer un téléspectateur, en juristes ou, comme Alain Marquet, le municipal écologiste genevois, avec un angélisme totalement contre-productif. Le sociologue Uli Windisch avait beau répéter qu'«il ne faut pas se moquer de ces inquiétudes», les «bien-pensants» n'en avaient cure, démontrant qu'ils n'ont que des principes répétitifs et des vœux pieux à opposer à la pensée «incorrecte» qui fracture le pays. Pas étonnant que, quand «on les induit en tentation» comme à Emmen, ces gens rallient le clan des xénophobes. On y parle là un langage qu'ils comprennent.