Finale avant la lettre, hier après-midi à Roland-Garros, entre Martina Hingis et Venus Williams. L'occasion de voir le public français à l'œuvre, après le match opposant la veille le Français Cédric Pioline au jeune Russe Marat Safin, littéralement détruit sur le court par un chauvinisme répugnant. Sans compter celui des commentateurs de France 2 et 3, pour lesquels les rafales de vent n'étaient contraires qu'au Français, et géniales que ses seules balles. Quel contraste avec la sobriété et le fair-play de Pascal Droz commentant la rencontre des deux championnes pour TSR2! Hors enjeu national, le public lui-même était redevenu montrable, applaudissant tour à tour la longue Américaine aux mèches de perles et la courte Suisso-Tchèque à la chevelure de jais – cette saison en tout cas.

Si l'équité devant les adversaires a son prix, l'émotion ne devrait pas être bannie d'une pareille rencontre. Comment à cet égard ne pas dénoncer la brutale coupure d'images de la Télévision suisse – pour faire place à la pub – quand, à la fin de la rencontre, les deux jeunes femmes quittent le court? Les larmes de Venus, c'est aussi ça la beauté du sport. Le sourire enfin décrispé de Martina qui, magistralement confirmée dans son excellence, abandonne ses airs suffisants de première de classe pour laisser éclater sa joie juvénile, pourquoi faut-il aller sur France 2 pour le voir? De même que le visionnement en gros plan du visage des deux adversaires aux moments forts de la rencontre. Hé, la TSR, on peut n'être pas chauvin sans être complètement dépourvu de sentiments, ou quoi?